24 juillet 2007
Grosses vagues
Misère, qu'est-ce que ça tangue. Des grosses vagues qui menacent de nous submerger.
"Vous ne restez pas ensemble parce que vous voulez prouver quelque chose ?", me dit ma mère, plusieurs semaines en arrière.
"Non, on se donne le droit d'échouer tout à fait banalement. Je suis pas martyre à la cause."
Et tout aussi banalement, on arrive pas à se séparer pour de vrai. Raisonnablement, on devrait arrêter. Arrêter parce qu'on se fait du mal. Pas en permanence, mais trop souvent et trop mal. J'ai me suis même réfugiée dans un foyer contre la violence domestique. J'arrive pas à croire que c'est vrai. Que ça nous arrive à nous. A NOUS ! çA ! Tu te rends compte ! Moi pas. Toi non plus, il faut croire. On entreprend des choses pour que ça évolue, et puis tu bousilles le truc une fois sur deux.
"Protégez-vous surtout, vous et votre fils", ils me disent. La mesure préconisée : un domicile séparé. Sauf que ça coûte un saladier. Et qu'on vient d'apprendre que ta mère est très malade.
J'ai dit : "pensons court pensons bien, tu envoies le fric et tu quittes le domicile un mois plus tard."
Maintenant, je me retrouve la peur au ventre, la peau rougie par des boutons de stress, naviguant à vue, occupée à enfouir mes propres sentiments.
"Mais tu devais pas le quitter ?"
"Si, mais j'ai un fils avec. Je ne pourrai pas regarder mon fils en face si sa grand-mère meure sans qu'on ait pas fait le possible."
Je voudrai pouvoir te parler, avoir une longue grande discussion avec toi. Mais tu travailles tellement et tu es toujours tellement fatigué. Tu as pas tellement le choix d'ailleurs. La fatigue physique est si intense dans ton métier.
Sans parler de nous, tu es déjà KO debout par les événements dans ta famille. Tu essaies d'éviter de penser. Tu fonces, tu fonces, comme toujours.
Est-ce que tu crois qu'on pourra parler tranquillement ? Est-ce que tu crois qu'on arrivera à retrouver un cap vivable ? Je rêve que notre famillle soit un cocon chaleureux, où se réfugier et se ressourcer du monde extérieur. Et toi ? As-tu encore des rêves pour nous ?
16 mai 2005
culture commune de couple
Dans la vie, on a un modus vivendi. Si notre vie commune est possible, c'est qu'il s'est éloigné en partie de sa culture d'origine - et moi de même - (en fait, il avait déjà un point de vue personnel différent de sa culture d'origine sur des points capitals pour moi lorsque nous nous sommes rencontrés, comme le fait de refuser les châtiments physiques envers les enfants). Pourtant, lorsqu'il se retrouve dans un contexte où toutes les personnes sont de sa culture, il a tendance à "coller" complètement à sa culture et à écouter sans broncher, voire à soutenir en partie des points de vue dominants dans sa culture mais que je réprouve entièrement et que dans un contexte privé il ne défend pas.
A ces moments-là, je me sens totalement trahie, comme si notre couple n'existait pas, comme si nous n'avions pas, au fil du temps, développé une culture commune de couple.
J'ai réalisé ça récemment, les raisons de cette colère immense que je ressens dans ces cas-là. On en a parlé. Première étape vers la résolution de la difficulté : les seuls problèmes qu'on ne peut pas résoudre, c'est ceux qu'on ne nomme pas.
10 janvier 2005
Un inconnu dans ma cuisine
21 novembre 2004
Un défi pour la vie
19 octobre 2004
Mise en perspective
J'ai eu l'occasion de décrire pas mal d'embûches qui se dressent sur le chemin de la félicitée conjugale des couples mixtes. Je ne renie rien, mais j'aimerais quand même préciser que personnellement, ce qui fragilise le plus notre couple, c'est des facteurs externes et économiques, principalement le chômage et la précarité. J'ai été longtemps au chômage, mon mari aussi. Mon mari n'arrive pas à trouver du fixe, j'ai eu beaucoup de mal à en trouver un (plus d'une année et demi de contrat renouvelé de 3 mois en 3 mois pour finir par...ne plus être renouvelé). La peur de voir notre situation économique se dégrader, la peur de se retrouver au RMR (équivalent suisse du RMI) puis à l'assistance, l'impossibilité d'avoir un logement un peu plus grand et confortable (on a pas la place de mettre...une cuisinière dans notre cuisine ! On ne peut pas faire de lessive sans devoir tout couper y compris le frigo, la lessive a du mal à sécher, les canalisations d'eau sont vieilles et nos éviers très frequemment bouchés, etc.) : c'est ça les facteurs qui nous fragilisent. Je vivrais exactement la même vie si j'étais mariée à un blanc avec la même absence de qualification professionnelle que mon mari, les mêmes difficultés. Peut-être un tout petit moins de chômage pour lui (une ou deux missions temporaires qui se sont évanouies devant lui quand il s'est pointé et que le chef a constaté sa couleur que notre nom de famille ne laisse pas deviner).
22 septembre 2004
Comment ça, tu ne veux plus de ma cuisine ?
"Je suis Africain, mon ventre, c'est mon ventre. C'est personnel. " Big discussions, larmes. "Mais tu ne comprends pas que c'est un de mes plaisirs de la vie, de te faire à manger ? Je fais une très bonne cuisine : c'est sain, c'est varié, c'est diététique ; moi, je la mange, ta cuisine ! C'est hyper cher, la cuisine africaine, on n'a pas les moyens de faire ça tout le temps !" Rien n'y fait : "mon ventre, c'est mon ventre, chacun a sa cuisine et c'est à ça que son ventre est habitué" etc. etc. Je plaide et j'obtiens que deux soirs en semaine, c'est moi qui suis chargée de faire la cuisine et on mangera ensemble la même chose. J'en suis toute tourneboulée quand même. Viens la semaine en question. Au deuxième jour, le jour de SA cuisine AFRICAINE pour son VENTRE PERSONNEL, il me demande :"on mange quoi ce soir ?" Je lui rappelle notre accord, il rit, il avait complètement oublié et il me pique un bout de mon plat. L'accord est toujours en vigueur, mais il oublie 3 fois sur quatre. Comme quoi, des fois, je pleure pour rien et lui, il revendique des trucs à tout hasard, juste pour se prouver qu'il est toujours le même, que l'émigration ne l'a pas changé, même si c'est faux de toute évidence.
Bien amoureuse, ces jours-ci. Je suis en train de renouveler les plats que je fais, des plats "entre ici et là-bas" avec un ingrédient africain et les autres européens. Je les mettrai sur ce blog dès que ce sera au point.
07 septembre 2004
Risque de divorce
Les mariages mixtes aboutissent-ils plus souvent à un divorce ? J'en sais rien et je m'en fiche, à vrai dire. Deux remarques cependant :
1) évidemment, quand la question des papiers et au premier plan (femme ds la cinquantaine avec jeunot de moins de 30 ans, par ex. cf. post sur différence d'âge et culture africaine), le divorce est quasi automatique.
2) ce qui est un facteur de risque dans un couple d'Européens l'est autant dans un couple mixte.
Pourquoi en serait-il autrement, d'ailleurs ? Dénigrement du partenaire, maladie mentale de l'un des partenaires, écart d'âge équivalent à celui d'une génération, relation fusionnelle, immaturité émotionnelle de l'un ou des deux membres du couple, traumatismes subis dans l'enfance encore à l'état de plaie béante, etc. = grand risque de foirage. Qu'on se le dise. Il n'y a pas de "miracle" africain et ce n'est pas parce que les Africains dansent bien et sont souvent souriants que cela veut dire qu'ils sont joyeux ou à même de résoudre vos problèmes en plus des leurs. Parce que si ils n'en avaient pas de problèmes, ils ne se seraient pas exilés (NB: cf. but du blog et contexte dans lequel je m'exprime).
14 août 2004
Nous sommes les victimes
Souvent, les Africains se décrivent eux, ou eux leur pays, comme les victimes. Les victimes d'hier (de la traite négrière européenne et arabe, du colonialisme européen, de la ségrégation raciale, des guerres mondiales où ils ont servi de chair à canon, du racisme). Les victimes d'aujourd'hui ( du néocolonialisme, du racisme toujours, des blancs qui corrompent leurs gouvernants pour tirer profit de leurs ressources naturelles, des marchands d'armes blancs, du poids prépondérants des blancs dans les institutions internationales (OMC en tête), etc). Dans les discussions entre Africains, ça peut durer des heures et des heures, ce genre de lamento. Dans les couples mixtes, ça dégénère beaucoup plus vite. Primo parce que beaucoup d'Européens ne démordent pas du fait que la culture européenne a apporté les "bienfaits de la civilisation" et vont donc vouloir à tout prix "rééquilibrer" la balance et décrire toute l'aide que l'Europe a apportée (notamment médecine et scolarisation) et qu'elle continue d'apporter (aide humanitaire). Si bien des Africains adhèrent à l'idée que certains Européens ont fait ou font beaucoup de bien, à leur yeux, inutile de dire que ça ne compense pas.
(petite parenthèse : étonnant à quel point les Africains sont conciliants avec les "bonnes oeuvres" blanches. Cf. par exemple le cas de cette Suisse qui gère des mouroirs pour sidéens en Côte d'Ivoire. "tu te rends compte, elle a même laissé son mari! Elle lutte toute seule et c'est son mari qui lui donne une partie de sa fortune pour aider les pauvres !" Elle, (ou est-ce son mari) vient d'écrire un livre qui cartonne en librairie. Moi, ça fait des mois que des Africains me bassinent avec elle. Tant mieux si des mourants trouvent du réconfort auprès d'elle dans les derniers moments de leur vie. Personnellement, je préfère de beaucoup MSF et les associations de séroposifs africains (comme HIV positive en Afrique du Sud) qui luttent politiquement pour que les gens aient accès aux trithérapies et cessent d'y aller, aux mouroirs. Parce qu'ils ont remporté des batailles importantes contre l'industrie pharmaceutique et que eux, sans aucun doute, ils SAUVENT et ont sauvé des vies. ça fait moins "je sacrifie toute ma vie pour la bonne cause", ils ont pas les mains dans le caca et le vomi, c'est moins pathétique, on vend pas de livre avec, mais c'est efficace. Et ça nécessite de révolutionner la façon de voir le monde. Considérer la santé comme un droit et non un produit commercial, ça change entièrement la façon de concevoir les rapports Nord/Sud. Fin de la parenthèse).
Comme je le disais si bien des Africains adhèrent à l'idée que certains Européens ont fait ou font beaucoup de bien, à leur yeux, inutile de dire que ça ne compense pas. Et là, c'est la que le vient secundo vient (la raison pour laquelle ça dégénère rapidos en bataille rangée, les grands discours sur "nous les pauvres victimes"), les Européens mariés à des Africains, après quelques mois ou années de vie commune, vont apprendre par ces mêmes Africains toutes sortes d'éléments dramatiques qui peuvent difficilement être mis sur le dos des seuls blancs. L'exemple le plus frappant : la corruption. Oui les entreprises européennes et américaines etc. cherchent souvent à corrompre les dirigeants africains. Mais les dirigeants africains ne sont-ils pas au moins autant coupables de se laisser corrompre ? Leur survie personnelle n'est pas en jeu et ils sont plus près des conséquences de leur corruption que ceux qui les corrompent. Exemple : ils doivent bien savoir, eux, que si ils demandent qu'un pourcentage ridicule sur le prix de la vente de pétrole et qu'en plus ils gardent tout le fric pour eux-mêmes, il n'y a plus de fric pour l'Etat et que ça, ça veut dire on continue à ne pas avoir de routes, d'infrastructure, d'hôpital équipé etc. Ils sont les premiers au courant des conséquences de leurs actes vu qu'ils partent se faire soigner en Europe au moindre de leur bobo ! Ils ont un beau palais et une route présidentielle, mais ils ne sont quand même pas débiles au point de ne pas réaliser que leur route ne fait pas plus de 10 km et qu'il est impossible de se rendre en voiture nul part sans risquer sa vie (route mal ou pas bitumée, crevassée, pas éclairée, totalement inondées une bonne partie de l'année, etc).
Autre exemple frappant : les guerres. Oui il est scandaleux que des entreprises occidentales continuent à produire et à vendre légalement des mines antipersonnels, que certains fassent leur beurre des conflits africains. Cependant le conjoint européen de se demander : le cas des enfants-soldats mis à part, l'Africain qui tue un autre Africain, il est quand même entièrement responsable de son acte, non ? Si les Kmehrs rouges ont éliminé le quart de la population cambodgienne sous le régime de Pol pot, la responsabilité de ce massacre leur revient autant à eux sinon plus qu'aux Chinois qui leur ont fourni les armes, non ? C'est bien eux qui ont commis le massacre, pas les Chinois. Le commerce des armes est absolument révoltant. ça n'empêche pas d'analyser la responsabilité africaine dans les conflits africains. Les Rwandais ont massacré d'autres Rwandais en 94. Ces Rwandais massacrés, ils sont aussi victimes des blancs, d'intérêts politiques et énonomiques sous-jacents, de la coupable passivité de la communauté internationale qui n'est pas intervenue. Reste un fait indépassable : les gens se sont fait tués par leurs voisins et beaucoup de survivants n'osent pas témoigner devant la justice parce que la haine entre les communautés est toujours là et qu'ils craignent pour leur vie. Ils ont peur de se faire massacrer d'un coup de machette dans le crâne. De cela et de beaucoup d'autre choses, le conjoint blanc en a entendu parler ou l'a vu à la télé, ou l'a vu sur place en visite à sa belle-famille. Donc, ça dégénère. Nous sommes des victimes ! contre Vous êtes des irresponsables, incapables de vous organiser et de travailler !
Vous voyez le tableau. Pour moi tous les êtres humains sont égaux et tous sont pareillement capables de raisonner. Tous sont donc également capables d'accepter la responsabilité de leurs actes et par extension de celles des leurs. Reconnaître les responsabilités des siens n'est pas exhonérer celles de ceux d'en face. Je crois que c'est la seule attitude à adopter parce qu'elle a l'avantage de valoriser chacune des deux parties. Raisonnons toi et moi puisque nous sommes égaux et frères. Appuyons-nous sur des réalités objectives et ne mettons pas victimes contre victimes. Agrandissons nos connaissances sur l'histoire tumultueuse de nos peuples, mettons à jour toutes les responsabilités, éclairons les problèmes de tous les angles, nous ne les aborderons que mieux. Deux autres choses à garder en tête : votre conjoint tient sans doute un autre discours quand il est dans son pays. C'est plus dur de critiquer son pays en exil que sur place. A l'étranger, on se souvient de tout ce qu'on aime dans son pays, on oublie un peu le reste. L'Afrique est objectivement dominée économiquement par l'Occident. Or celui qui domine est aussi celui qui a le plus de pouvoir sur la situation des deux. Que les Etats-Unis décident d'investir massivement dans la paix au lieu d'investir massivement dans la guerre et c'est des millions et des milliards qui sont dégagés et qui peuvent révolutionner entièrment le sort des Africains. Qu'un dirigeant africain ne se laisse pas corrompre, c'est un grand bien pour son pays, mais ça ne va pas permettre de contrebalancer les effets dévastateurs du cours catastrophiquement bas du café sur le marché mondial. Dont acte.
30 juillet 2004
on s'en fout des animaux, on les bouffe.
Serpent, rat (de campagne), lapin, petits rongeurs, viande de brousse (y compris singes) : MIAM !
Les chiens ? C'est des chiens de garde, qui gardent les rares maisons bourgeoises. Les oiseaux ? Les garçons les chassent au lance-pierre. Bref : les animaux, c'est UTILITAIRE. Alors non, le fric fou dépensé pour les animaux en Europe, les chats et les chiens qu'on gave de saumon etc., qui sont trop gros, à qui on fait des opération chirurgicales, ça les dégoûtes, tous les Africains que je connais. L'idée d'un animal de compagnie les révulse. Quoi, on s'intéresse plus aux animaux qu'aux gens ! A l'évidence, les Blances s'intéressent plus au sort des animaux qu'à celui des populaitons pauvres du globe ! Tout cet argent dépensé pour les animaux et leur protection, on convertit ça en francs CFA, ça fait des sommes astronomiques et c'est un scandale, tout ce qui aurait pu être fait pour des humains avec cet argent des animaux. Non, il y a très peu de chances pour que votre amoureux tombe autant amoureux de votre animal que de vous. Est-ce si étonnant d'ailleurs ? Bardo qui au dernières nouvelles, se bat pour le sort des ours en Roumanie n'est-elle pas la même qui épouse les idées de Le Pen ?
N'oublions pas non plus que la précarité de la vie des gens pauvres en Afrique fait que la crainte de ne pas avoir assez à manger est souvent dans un coin de la tête des enfants et malheureusement cela se passe réellement quelques fois ou davantage selon les circonstances économiques, familiales, etc.