S O S Mariage mixte

Se marier avec quelqu'un d'une autre culture, c'est gérer la différence au quotidien.

18 février 2005

Soignez-vous

Téléphone avec une amie camerounaise en grande difficulté financière + statut légal précaire. Une fois de plus, je constate à quel point certains migrants culpabilisent d'être malades et prennent des risques énormes vis-à-vis de leur santé, notamment en attendant pendant très (beaucoup trop) longtemps de voir si "ça va s'améliorer" tout seul. Or en Europe je n'ai jamais entendu que les urgences refusent de voir quelqu'un pour des raisons financières ou de statut légal. Les médecins sont aussi tenu au secret médical et ils ne dénoncent pas les patients. Allez vous faire soigner, notamment si vous avez une douleur qui dure, qui est intolérable ou qui va en s'amplifiant. La douleur est un SIGNAL que le corps donne pour indiquer que quelque chose ne va pas. Il faut TOUJOURS en tenir compte. Il y a beaucoup de problèmes médicaux qui peuvent devenir très sérieux alors qu'au départ un traitement très simple aurait suffi. Et lorsqu'un problème médical devient très grave, il peut arriver que même la médecine occidentale la plus sophistiquée soit incapable de vous soigner. En tout les cas, le traitement devient plus long, plus coûteux, plus compliqué.
En médecine, la question du TEMPS est toujours très importante. Il faut aller se faire soigner A TEMPS, comme on dit. Or la personne qui souffre n'a pas les connaissances médicales nécessaires pour évaluer à combien se mesure ce " à temps". Parfois il peut s'agir de quelques jours, parfois aussi c'est une question d'heures. Vous n'avez aucun moyen de le savoir. La seule solution consiste à consulter le plus rapidement possible dès l'apparition des symptômes. Ne vous fiez pas aux conseils des gens : il y a des maladies très différentes qui ont des symptômes assez semblables et le traitement qu'une personne a pris peut ne pas du tout correspondre au problème dont vous souffrez vous et même empirer la situation. Pensez à l'immense chagrin qu'aurait vos parents, votre conjoint(e) et vos enfants si vous veniez à mourir et soignez-vous. Pour les femmes : il arrive que les Africaines soient gênées quand elles ont un problème "en bas" et tardent aussi à consulter en raison de cette gêne. Pas que les Africaines d'ailleurs. Ma grand-mère suisse a aussi beaucoup trop tardé à parler de ses douleurs "mal placées". Quand elle a osé le faire ,c'était trop tard : son cancer était à un stade trop avancé, elle est morte en quelques mois. Toutes les douleurs "en bas", fort heureusement, ne sont pas des cancers. Mais un certains nombres de problèmes gynécologiques qui, traités à temps, n'auraient pas de conséquence, peuvent entraîner une stérilité irréversible si ils sont traités trop tard. Le problème, c'est que les maladies gynécologiques ne provoquent parfois pas ou quasiment pas de symptômes visibles (absence de douleur notamment). La solution : faire un contrôle gynécologique une fois par an pour s'assurer que tout va bien. Toujours "en bas", les infections urinaires sont assez fréquentes chez les femmes (besoin très fréquent de faire pipi, sensation de brûlure au moment d'uriner), notamment si vous êtes stressée. Il n'y a aucune honte à avoir et ça se soigne très bien. On fait un examen d'urine et on vous donne des antibiotiques. Attention, si vous tardez trop, l'infection risque de contaminer les reins et le problème peut devenir beaucoup plus compliqué. Ne prenez pas les médicaments d'une amie qui aurait eu le même problème : les infections urinaires peuvent être dues à plusieurs microbes différents et les antibiotique correspondent à un microbe en particulier. Donc prendre le mauvais médicament, c'est comme ne pas prendre de médicament. Si pendant deux jours, vous avez constamment envie de faire pipi, allez voir un médecin.

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20 décembre 2004

Santé des Africains

Dans les pays pauvres et sans système de sécurité sociale ou d'assurance maladie, on garde pour soi la plupart de ses soucis de santé. Parce qu'en parler à un proche, ça équivaut à lui demander de l'argent puisque ce sont les proches qui constituent l'assurance maladie. La plupart des gens font aussi parties d'associations, à laquelle chacun côtise chaque mois et qui constitue des sortes de mutuelles. Dans un cas comme dans l'autre, les critères pour obtenir un soutien financier en cas de maladie sont très stricts. En résumé, il faut que ce soit un danger vital immédiat et que le traitement ne dépasse pas les moyens à disposition, auquel cas on donnera tout de même une petite contribution, mais sans rapport avec le besoin réel. L'hôpital coûte cher, les tradipraticiens aussi. On y va pour une crise de malaria, une fièvre d'un enfant etc. Le résultat : une population en mauvaise santé, ne serait-ce que par manque d'accès à l'eau potable.
En bientôt 4 ans de mariage, je suis impressionnée par le nombre de deuils auxquels je suis allée qui concernaient des personnes adultes de moins de 50 ans mortes au pays. La demande la plus fréquente venant d'Afrique, c'est des médicaments contre des diarrhées, des vers, etc. Les enfants sont quasiment perpétuellement malades. Pas mortellement atteints, mais "patraques" comme on dit en Suisse, pas en très bonne forme, souffrants. Les gens sont en mauvaise santé, souvent, mais souvent aussi, ils n'en parlent absolument pas. Il y a quelques mois, une femme africaine en situation illégale était en visite chez moi. Elle était pliée en deux par la douleur mais ne se laissait pas convaincre d'aller à l'hôpital. Je ne me suis pas assez méfiée. Le matin, elle est partie très tôt alors que je dormais. Deux jours plus tard, n'y tenant plus, elle s'est présentée à un hôpital : elle a été opérée dans l'heure : elle avait un problème gynécologique qui menaçait de la tuer si elle ne subissait pas immédiatement une opération. Les exemples de ce type abondent, où des Africains émigrés en Europe découvrent pas hasard qu'ils ont en fait une maladie potentiellement mortelle s'ils ne la soignent pas dans les plus brefs délais. Comme par exemple des polypes dans le nez qui menaçent d'infecter le cerveau. Il y a énormément de maladies virales en Afrique et le fait que beaucoup de gens sont malnutris les rend beaucoup plus sensibles aux maladies. A Yaoundé, il y a des lépreux. Or il est quasiment impossible de contracter la lèpre si on dispose d'une alimentation en qualité et en quantité suiffisante. Sans parler du SIDA, qui est
un problème majeur dont j'ai déjà parlé. 
En résumé, je conseille à toute personne en relation avec une personne qui a séjourné récemment en Afrique - un récemment très extensif, des sales bestioles comme des amibes peuvent survivre deux ans dans l'estomac de quelqu'un - d'aborder rapidement le problème de la santé, en faisant bien sûr attention aux susceptibilités. Le port du préservatif est une question de survie vu la prévalence du Sida, une marque de respect aussi. (NB : les femmes africaines n'osent souvent pas proposer d'elle-même le port du préservatif, mais ça ne veut pas dire qu'elles ne connaissent pas ou ne seront pas rassurée. Source : dernier rapport Onusida 2004). Sans compter qu'à côté du Sida, il y a aussi plein de MST qui traînent, comme la blénnorahie et la syphilis.
Par ailleurs, en médecine tropicale, UNE FIEVRE N'EST JAMAIS ANODINE. Donc direction le médecin dans tous les cas : ça peut être un accès de malaria même plusieurs semaines après l'arrivée en Europe, ça peut être des amibles, ça peut être toutes sortes de maladies tropicales très dangereuses et qui peuvent évoluer très rapidement. Dans les pays tropicaux, les gens ont l'habitude de souffrir d'accès de malaria et ils n'en font pas grand cas, mais il y a plusieurs types de malaria et seul un examen médical peut déterminer s'il s'agit d'un cas grave ou non de malaria (il y a des malarias qui "montent au cerveau" et peuvent être soignées mais exigent d'être hospitalisé immédiatement dans une chambre pour les personnes sans défense immunitaire; certains accès de malaria peuvent emporter quelqu'un en quelques heures en l'absence de traitement). Donc si votre partenaire a immigré récemment, si vous êtes allés en vacances en Afrique, faites attention à tout début de fièvre et suivez précisément toutes les indications de la médecine du voyage. A part l'hépatite A, la personne émigrée n'est PAS IMMUNISEE contre la plupart des maladies virales qui pullulent en Afrique.
Les maladies gynécologiques sont aussi très fréquentes à cause des conditions de vie. Pour la plupart des femmes africaines, le fait d'être mère est le passage obligatoire pour se sentir adulte et avoir un rôle dans la société. Dès lors il est peut-être plus aisé de parler de contrôle gynécologique en parlant de préserver la fertilité et de faire "un bon petit nid" pour le bébé. Insister sur le fait qu'on peut très bien avoir une infection gynécologique en était 100 % fidèle (en gardant sur soi un vêtement mouillé, par exemple).
Beaucoup d'Africaines croient au mauvais esprits, aux sorts, aux malédictions. Rappelez-vous cependant que l'immense majorité d'entre eux  vont d'abord voir un médecin formé à la médecine occidentale et ne vont chez les tradipraticiens ou les pasteurs qu'après avoir constaté que le traitement proposé dépasse leurs moyens.

Une remarque : j'ai parlé ici de l'Afrique centrale. La situation est toute à fait différente au Maghreb ou en Afrique du Sud (sauf pour le Sida où 25 % de la population est contaminée).

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27 août 2004

dépression, anxiété, alcoolisme, toxicomanie & Co

Mon beau-frère me racontait que lorsqu'il racontait à ses compatriotes que la vie était difficile en Europe, les gens ne le croyaient pas et les plus ouverts lui demandaient : ah bon, on peut avoir faim en Europe ? Et quand lui répondait que non, il était très improbable que l'on soit confronté au problème de la faim si on vit en Europe mais qu'on a plein d'autres problèmes, ses interlocuteurs lui disaient : "si on a pas faim, je ne vois pas quel problème sérieux on peut avoir".
Parce que pour beaucoup d'Africains, le SEUL et UNIQUE VRAI problème qu'on peut avoir, c'est d'avoir faim. Le reste, c'est du luxe. La faim, ils connaissent. Soit qu'ils la vivent ou l'on directement vécue, soit qu'ils doivent constamment trouver le moyen de lutter contre elle. Les autres problèmes ? Ils existent aussi, mais ils sont loin d'être au centre de leur préoccupation. Alors quand un partenaire européen potentiel leur dit qu'il a un problème de santé mentale (ou d'alcoolisme, ou de toxicomanie), au départ, ca a tendance à ne pas les inquiéter du tout. Pour eux, il s'agit d'un problème transitoire. Beaucoup d'Africains sont des chrétiens évangélistes : ils croient sincèrement que si ils amènent leur partenaire à leur église et qu'ils prient pour leur guérison, le problème disparaîtra automatiquement et en très peu de temps. Bref, ils croient au miracle. Deuxièmement, ils ont tendance à penser que les Européens ne savent pas comment profiter de la vie, qu'ils ne savent pas vraiment vivre et que si eux "apprennent" à leur partenaire comment il faut vivre, comment il faut faire pour être heureux, l'Européen comprendra son "erreur" et retrouvera la santé. Troisièmement, la consommation excessive d'alcool est peu stigmatisée par la société africaine (en tous cas chez les chrétiens) et nombreux sont ceux qui "soignent" ainsi leur propre vague à l'âme et pour eux, l'éventuel alcoolisme de leur partenaire ne leur semble pas un problème ingérable.

Bref, toutes les catégories de personnes citées (toxico, alcooliques, dépressifs, malades psy en général), on plus de chances de trouver un partenaire africain que blanc. De fait, dans ma ville, à l'hôpital psy, on était presque toutes dans un mariage mixte ou on l'avait été. Une sur-représentativité de malades blancs dans les couples mixtes que je constate à tout bout de champ. Or si au départ, le partenaire africain est beaucoup plus tolérant, sur le long terme, ce n'est pas le cas. La plupart du temps, le partenaire africain est très décu de ne pas avoir réussi à guérir le malade. Et comme les Blancs, la personne noire en bonne santé psychique trouve rapidement insupportable de vivre avec une personne psychiquement malade. Généralement, un divorce s'ensuit.

Il y a des gens qui s'émeuvent de ce que les Africains "profitent" de personnes mentalement malades en les épousant. Je crois que la question est plus complexe. Pour "profiter" d'une personne mentalement malade, il faudrait avoir formulé le dessein de profiter de la faiblesse d'une personne. Or très souvent, au vu des conceptions africaines de la maladie mentale, l'état de maladie est vu comme très transitoire. L'africain qui épouse une malade mentale pense que la personne va retrouver la santé en quelques semaines, voire quelques mois. Que ca puisse durer des années, la plupart ne l'envisagent pas au départ. Par ailleurs, pas mal de personnes malades mentalement "profitent" de la dépendance du partenaire africain (au niveau des papiers) pour avoir de la compagnie sans être par ailleurs capables de gérer une relation sentimentale normale. Le partenaire sert de béquille, permet un semblant de vie affective que la maladie mentale rend par ailleurs très difficile. Parfois, le partenaire africain sert de faire-valoir : "tais-toi, tu me dois tout" , "sans moi tu n'es rien" et autres joyeusetés. Enfin, il y a des partenaires africains qui s'accrochent, qui s'adaptent lorsqu'ils découvrent l'étendue des problèmes de leur conjointe. Bref, qui sont en tout point pareils aux couples blancs dont l'un accepte de co-habiter avec la maladie mentale de l'autre.

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24 juillet 2004

deuil

Quand quelqu'un meurt au pays, on fait un deuil. Les gens se réunissent et on prie, on mange et on boit de l'alcool (beaucoup : chacun amène une bouteille de whisky). Suivant les origines "ethniques" des gens, il y a parfois des danses, des chants où se mêlent improvisations et refrains repris en choeur. La plupart du temps, ce n'est pas vraiment triste. La raison principale, c'est que les deuils réunissent beaucoup de monde. Alors forcément, la plupart des gens n'ont aucun lien direct avec la personne décédée et souvent la personne endeuillée. Quand il y a des danses, les personnes qui dansent et "mettent de l'ambiance" vont vers la personne endeuillée et lui font faire un petit tour de danse, histoire qu'elle se rappelle que la vie continue, même si elle est triste et n'a pas le coeur à danser.  ça compte  pour cette personne, qu'il y ait du monde au deuil, elle s'attend à ce qu'il y ait les amis des amis des amis qui soient présents. Souvent, discrètement, sur un rebord d'une table, il y a une corbeille : on dépose de l'argent et on met son nom. ça permet aux gens d'aller au pays participer au deuil ou de couvrir les frais des funérailles. Si vous avez l'habitude d'accompagner votre conjoint aux mariages et autres fêtes, allez aussi aux deuils. Personne ne comprendrait que vous ne veniez pas.

Très souvent, les gens attribuent au sort ou à la malediction la mort de la personne. Même quand une cause médicale semble évident à nos yeux de Blancs. Un tel avait la cinquantaine, en nette surcharge pondérale, et il a fait une crise cardiaque. Pour vous, ça paraît clair : il avait le coeur fragilisé et malheureusement ça lui a été fatal. Pour beaucoup d'Africains, les choses ne sont pas aussi claires. Certes, la personne est morte d'une crise cardiaque, mais la question se pose : n'est-ce pas la conséquence d'une jalousie ? D'une malédiction ? D'un sort jeté ? Quelques soient les circonstances, j'ai remarqué que dans la plupart des cas les gens s'accordent à dire que la mort est "mystérieuse". Il n'y a pas d'accusation précise, mais on recense les causes possibles de jalousies.
J'ai demandé à mon mari : cette manière de voir ne crée-t-elle pas beaucoup de souffrances ? La mort apparaît toujours complètement injuste. Cette personne ne devait pas mourir et elle est morte par la faute de gens malveillants. Cette idée, est-ce que ça ne génère pas plus de souffrance que de penser que la personne est morte d'une cause naturelle à laquelle personne ne peut rien ? Non, m'a-t-il répondu, pas pour les gens en Europe. Il y a toujours un doute : si j'avais fait venir cette personne en Europe, si elle avait eu accès aux soins appropriés, aurait-elle survécu à sa maladie ? Si je lui avais envoyé de l'argent, serait-elle encore en vie aujourd'hui ? Croire aux sorts, à la malédiction protège de ces questions, diminue le sentiment de culpabilité. Tant mieux alors, parce que le sentiment de culpabilité est si fort, il ressort si souvent malgré cette croyance. En réalité, on ne fait pas "monter" les gens en Europe facilement. C'est terriblement cher et à moins de faire venir toute sa famille (ce qui est impossible vu son étendue), on ne peut pas empêcher que telle ou telle personne meure d'une maladie que, le plus souvent, cette personne ne savait même pas qu'elle en souffrait. Mais pour la famille en Afrique, on est tout-puissant quand on est en Europe (cf. posts du 3 juillet, catégorie "famille") et donc on est en partie coupable si quelqu'un meure d'une maladie, surtout si elle est réputée curable en Europe (et souvent, on attribue des pouvoirs exagérés à la médecine occidentale, comme celui de pouvoir guérir de tous les cancers). Le fait est que les morts sont souvent précoces, en comparaison à l'Europe. Mais quand des gens jeunes meurent de "tuberculose", de "pneumonie" ou de "faiblesse" (traduisez : sida), la plupart du temps, ça aurait été beaucoup trop tard pour espérer les sauver.

A propos des sorts toujours : ça peut prendre des tournures absolument dramatiques : mon mari m'a dit qu'il avait vu un reportage sur le Burkina Faso où il y avait un village de "sorcières" : des femmes qui avaient été accusées de la mort de leurs proches et qui s'étaient fait rejetés de tous. Je me souviens aussi d'un article où au Congo des enfants étaient terriblement maltraités parce qu'accusés d'être "sorciers" et d'avoir causé la mort de quelqu'un. Je cite ces deux pays, mais c'est évident que dans toute culture où on pense qu'aucune mort n'est naturelle, le risque existe que des gens soient nommément accusés et qu'ils soient alors victimes de rejet ou pire.

A propos de la mort "non naturelle" : en Europe, la tentation existe aussi de chercher des explications autres à la maladie. Pour avoir été confrontée au cancer de personnes proches, j'ai été le témoin de toutes les explications du cancer en termes "psychologiques" etc. Vous avez un cancer du sein ? Alors sûrement c'est que vous exprimez un conflit latent avec votre père, une difficulté à accepter votre identité féminine, que sais-je encore. La maladie ? Une occasion de " rééquilibrer vos énergies" : votre corps vous signale que quelque chose ne fonctionne pas dans votre façon de vivre votre vie. Peut-être devriez-vous vous consacrer davantage à votre famille et travailler moins, être plus en harmonie avec la nature, faire de la méditation zen, etc. On se rassure comme on peut. La maladie n'est plus une fatalité, on peut l'apprivoiser. J'ai entendu des cancereux parler de leur cancer comme une "chance". On meurt du cancer en Europe et tout le monde sait ça. Le taux de mortalité dépend du type de cancer, mais certains cancers du poumon par exemple, ont une mortalité de 90 %. On connait souvent des facteurs de risque, comme le fait de fumer. Mais on ignore le "pourquoi" de la maladie, on connaît seulement le "comment". Le risque mortel combiné à cette incertitude, et les imaginations s'enflamment. L'humanité noire comme blanche a le plus grand mal à accepter que la maladie et la mort font partie de la vie, qu'il s'agit d'un phénomène naturel. La différence la plus marquante, c'est qu'une fois que la personne est morte, en Europe, les gens abandonnent le plus souvent leurs théories "alternatives" sur le cancer et s'accordent à dire que la personne est morte de cause naturelle et qu'il s'agit là d'une fatalité, la faute à "pas de chance". Et les deuils sont assez tristes, seules les personnes proches du défunt et de sa famille y participent. Souvent le mort était vraiment âgé, alors les gens se consolent en pensant a la vie longue qu'il/elle a eue.

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05 juillet 2004

MST / SIDA en Afrique noire : protégez-vous

Je pensais en parler plus tard, mais en tapant "mariage mixte" sur Google, aujourd'hui, ce blog apparaît dans les dix premiers sites. Alors j'aimerais profiter de cette popularité (éphémère ? Les voies de l'algorythme de Google sont impénétrables) pour parler d'un sujet qui me tient à coeur : la prise en compte par tous du risque de MST et sida dans leur sexualité.

En 2003, 40 millions de personnes étaient contaminées dans le monde. L'afrique subsahérienne (= l'Afrique noire), qui ne représente que 2 % de la population mondiale, comptait à elle seule de 26.6 à 28.2 millions de personnes vivant avec le VIH (rapport officiel de l'OMS). Selon les pays, le pourcentage de personnes contaminées est très variable :

  • en Afrique de l'Ouest, la Côte d'Ivoire est le pays le plus contaminé, avec près de 10 % des femmes enceintes contaminées ;
  • des pays comme la Mauritanie et le Mali seraient peu concernés (entre 1 et 2 % de personnes contaminées)
  • en Afrique du Sud, la situation est absolument catastrophique : en 2001 : 25 % de la population est contaminée. Chez certains corps de métiers comme l'armée et les enseignants, le pourcentage de personnes contaminées est de plus de 60 %
  • De manière générale, l'Afrique australe et centrale est très touchée.

Certains pays, comme le Sénégal, ont fait très tôt des efforts considérables en matière de campagnes de prévention. Un pays comme l'Ouganda a ainsi réussi à réduire l'incidence des nouvelles contaminations. Dans d'autres, dont malheureusement mon cher Cameroun, la propagation du Sida a été continue.

Les personnes immigrées de fraîche date ont un niveau de connaissances concernant l'étendue de ce fléau dans leur pays qui est très variable, aussi variable notamment que leur degré d'éducation. Je ne m'avance cependant pas beaucoup en disant que de manière générale, le niveau d'instruction des populations africaines quant au savoir relatif à la santé et au HIV est moins bon qu'en Europe.

(Je me souviens d'une scène à l'hôpital en Suisse : un Erythréen très malade voulait quitter l'hôpital tout de suite parce qu'il craignait que les médecins le tuent : ces derniers essayaient de diagnostiquer ce dont il souffrait et multipliaient pour ce faire les examens et donc les prises de sang. Pour ce malade, en prenant son sang, on diminuait le total de sang disponible dans son corps et donc on l'affaiblissait et donc on lui voulait du mal.). Remarque : Non , je ne veux pas dire que TOUS les Africains n'y connaissent rien à la santé ou au SIDA. Oui, il y a des personnes en Afrique qui sont des experts en la matière. OUI, les personnes qui sont pleinement conscientes de la situation sont très nombreuses. J'affirme simplement que les couches pauvres de la population ont peu accès à cette information dans certains pays. Ni plus ni moins.

Ce que j'ai aussi pu constater dans des débats à chaud où j'étais la seule blanche, c'est que beaucoup ne s'occupent pas du message préventif en tant que tel mais de sa source (supposée), les Blancs. Leur avis sur le sida se mêle à leur avis sur les Blancs, et souvent c'est un avis négatif. Pour certains, le SIDA , c'est le problème des Blancs, pas des Africains. C'est très étrange, j'en ignore la raison.
L'idée là-derrière, je crois que c'est que les Blancs ne sauraient pas baiser et voudraient empêcher les Africains de pratiquer ce en quoi ils excellent. Chez ces locuteurs, il y avait visiblement une grande fierté de la virilité masculine. Mettre un préservatif, ce serait diminuer cette puissance sexuelle. C'est du moins ce que j'ai cru comprendre. Quoiqu'il en soit, je n'ai jusqu'à présent pas assisté à une seule discussion où la question des Blancs et de si eux sont en droit de faire des recommendations aux Africains en matière de sexe n'était pas au premier plan. Je ne conteste pas que cette question soit intéressante, mais ma crainte est que des personnes renoncent au préservatif par fierté "de race" ou de "fierté masculine". Mes discussions avec les femmes m'ont par ailleurs appris qu'en Afrique centrale et de l'Ouest, la méthode de contraception est le comptage des jours fertiles/infertiles de la femme.

Voilà pour le degré de conscience de l'existence du danger chez certaines populations africaines. A cela s'ajoute le fait que des maladies sexuellement transmissible qui ont quasiment disparu chez nous comme la chaude-pisse ou la syphilis circulent en Afrique noire. Par conséquent,

IL EST IMPERATIF D'UTI`LISER DES PRESERVATIFS pendant les 3 premiers mois si vous êtes fidèles à 100 % et que vous faites un test sida après ces trois mois, TOUT LE TEMPS sinon. Parce que les risques d'être contaminés par le VIH dans un couple mixte ou de deux Africains qui ont immigré adultes est beaucoup plus élevé qu'en Europe occidentale. Parce qu'une "chaude-pisse" mal soignée peut entraîner la stérilité de la femme et de l'homme. Parce que le préservatif préserve de tout sauf de l'amour. Parce que si votre partenaire vous aime vraiment, il ne doit pas être d'accord de vous exposer à un risque mortel.
Ne vous contentez pas de poser une question vague sur ce sujet, du genre, est-ce que tu as pris des risques vis-à-vis du VIH ? Il y a un vrai tabou vis-à-vis du SIDA dans pas mal de pays africains. Des jeunes de 25 ans qui meurent subitement, trop souvent on dit que c'est une "malédiction" ou la "tuberculose" qui l'a tué. Même si la personne sait qu'elle a pris des risques, elle aura peur de vous perdre en l'admettant. Soyez beaucoup plus direct, par exemple en disant "de nos jours, tout le monde est concerné par le SIDA. En Europe, c'est comme en Afrique, il y a aussi le sida. Comme je t'aime beaucoup, je propose qu'on utilise des préservatifs et qu'on fasse un test plus tard." Présentez la chose comme UN PROBLEME COMMUN. D'ailleurs, ça l'est. En Suisse, chaque année, plusieurs centaines de personnes apprennent qu'elles sont contaminées par le VIH, en France,en 2003,  il y a eu une forte recrudescence du taux de personnes nouvellement contaminées.
Ne pas poser de question vague, c'est vital. Parce que votre partenaire africainE ou européenNE peut avoir des idées complètement erronées sur le sida et vous répondre en toute franchise qu'elles n'ont pas pris de risque alors qu'en fait c'est le cas. (Il existe des personnes qui croient qu'on attrape pas le virus si on ne couche qu'avec des gens en bonne santé, d'autres qui pensent que si la femme ne jouit pas, elle ne peut pas être contaminée ou contaminer son partenaire, d'autres qui ignorent que même avant l'éjaculation, le sexe de l'homme émet quelques gouttes de sperme qui suffisent à contaminer, etc. etc.). Un facteur de risque, en particulier, est sous-estimé : la contamination par le sang dans les hôpitaux et centres de santé africains, faute de moyens de stérilisation insuffiants (NB : j'ai parlé de moyens insuffisants, pas de connaissances). Il existe un véritable débat sur cette question. Certains remettent en question l'hypothèse selon laquelle c'est la transmission hétérosexuelle qui serait la principale cause de transmission du virus du SIDA en Afrique noire. Pour eux, c'est la transmission par du matériel de soin non stérile qui serait la cause principale de transmission. Et ils avancent des arguments assez percutants, comme le fait que la propagation de certaines maladies vénériennes en Afrique australe étaient en recul pendant que le SIDA explosait. Les scientifiques (majoritairement blancs) seraient-ils influencés par le racisme du 19ème siècle qui faisait des Africains des personnes totalement lubriques, à la sexualité absolument incontrôlée ? Peut-être. Comme je l'ai dit quelques paragraphes plus haut, la question du rapport Européens/Afrique et sexualité n'est pas sans pertinence. Si la 1ère source de contamination est la non-stérilité des instruments médicaux, alors c'est la pauvreté qui est la cause première de l'épidémie. La responsabilité peut ensuite être attribuée à l'inégalité des rapports Nord/Sud et non plus à l'irresponsabilité de personnes qui refuseraient de se protéger. La position européenne (protégez-vous, braves noirs) d'une immoralité sans borne. Certes. Mais une chose demeure : le sida se transmet aussi par le sexe. Alors : vive le latex !

NB : si vous trouvez un site qui montre les statistiques mondiales de la prévalence du SIDA, svp, transmettez-moi et je le mettrai en lien. J'ai cherché mais pas trouvé (ou alors des infos obsolètes, ce qui est inadéquat puisque ça conduit à minimiser le risque couru).

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