24 octobre 2004
Faciliter le dialogue au sein du couple
On croit tous un peu à l'histoire du prince charmant. Même Billie
Holiday, qui avait eu une adolescence si rude qu'on aurait pensé que ça
l'aurait vaccinée, et ben non, adulte elle chantait : maybe I'll meet
him some day, maybe Tuesday, maybe nee...etc. Un des buts de ce blog,
c'est d'aider les gens à voir la vie en plus réel, parce qu'un mariage
qui se casse la gueule, ça fait toujours mal et les mariages mixtes, ça
se casse plus souvent la gueule qu'à son tour, à ce que je constate
près des miens. Après 3 ans de mariage, je me suis dit : pourquoi ne
pas partager mon expérience, mettre en avant les piège ? D'où ce blog.
Depuis une semaine, je lis un livre :
et c'est une vrai révolution dans notre couple ! Certes, lui et moi on connaît beaucoup de choses sur la culture de l'autre et on se respecte beaucoup mais des fois, le dialogue, ça coince sérieusement. Vous connaissez le : une femme, c'est comme ça ! ou le : c'est ça les hommes ! Et bien ce livre permet d'aborder les choses en dépassant cette confrontation stérile, et cela d'autant plus que quand les cultures sont très différentes, la probabilité qu'il y ait facilement un accord sur ces points est faible. Le grand mérite de ce livre, c'est qu'il vous aide à restaurer un dialogue, des outils pour communiquer et créer un couple unique qui fonctionne avec cet homme-ci avec cette femme-là à ce moment-là et dans ce contexte-là. Vraiment stimulant. Ce livre n'a pas été écrit pour les couples mixtes, mais il permet à tous de discuter à fond de choses très imporantes comme : qu'est-ce qu'on attend du fait de vivre en couuple ? qu'est-ce qu'on attend de la vie ? comment communiquer dnas une dispute ? Et ce que nos aspirations dans la vie sont proches ou éloignées ? Est-ce qu'une vie commune est envisageable ? Entre autres questions qu'il vaudrait mieux se poser avant de déménager à Tambouctou, non ?
19 octobre 2004
Bilinguisme dès le berceau : persistez
Le bilinguisme précoce, c'est utile, donc, très utile. Mais aussi valorisant pour l'enfant : valorisant de savoir quelque chose que ses petits copains ne savent pas et valorisant aussi de pouvoir parler au téléphone avec la grand-mère et les compatriotes. Et même si vous êtes la seule et unique personne qui parlez une langue du fin fond de l'Afrique, ça vaut la peine si vous en avez le désir de transmettre cette langue à votre enfant : à ses yeux, vous êtes une personne absolument unique et formidable et ça lui fait plaisir de pouvoir converser avec vous dans cette langue. Il se sent valorisé qu'il compte assez à ses yeux pour que vous lui transmettiez le secret de cette langue étrange que vous savez.
Pour ceux qui en douteraient encore, sachez qu'en Afrique, le bilinguisme (et souvent plus, trilinguisme ou quadrilinguisme) est quelque chose de très très courant. A minima, l'immense majorité des gens connaissent "leur langue" (i.e la langue de leur peuple/ethnie + la langue de l'ex-colonie) et très souvent ils en connaissent encore une ou deux d'autres ethnies parce qu'ils vivent en ville et ont eu à cotoyer des gens d'un autre groupe qu'eux. Mon mari, bien qu'il soit parti très tôt de l'école, connaît 2 langues bantoues différentes + le français + un pidgin (créole) anglais + il baragouine l'anglais et le comprend bien (il suit les nouvelles à la BBC, ce qui demande un bon niveau) et il arrive aussi à comprendre grosso modo de quoi les gens parlent dans encore une autre langue bantoue. Et son cas n'est de loin pas isolé. Demandez-le à votre femme de ménage, au chauffeur de bus et à l'employé de la voirie : vous risquez d'être surpris.
Bon, on ne va pas non plus ce prendre la tête avec ça. Que chaque suive son envie, c'est plus agréable, non ? Parce que si pour une raison qui ne tient qu'à vous, vous n'avez pas vraiment envie de parler dans votre langue à votre enfant, l'enfant, il va le sentir et je pense pas que ça va lui faire du bien. Il risque de percevoir ce déplaisir et croire que ça ne vous fait pas plaisir de lui parler, à lui en tant que personne. En tout cas j'emets cette hypothèse.
Mise en perspective
J'ai eu l'occasion de décrire pas mal d'embûches qui se dressent sur le chemin de la félicitée conjugale des couples mixtes. Je ne renie rien, mais j'aimerais quand même préciser que personnellement, ce qui fragilise le plus notre couple, c'est des facteurs externes et économiques, principalement le chômage et la précarité. J'ai été longtemps au chômage, mon mari aussi. Mon mari n'arrive pas à trouver du fixe, j'ai eu beaucoup de mal à en trouver un (plus d'une année et demi de contrat renouvelé de 3 mois en 3 mois pour finir par...ne plus être renouvelé). La peur de voir notre situation économique se dégrader, la peur de se retrouver au RMR (équivalent suisse du RMI) puis à l'assistance, l'impossibilité d'avoir un logement un peu plus grand et confortable (on a pas la place de mettre...une cuisinière dans notre cuisine ! On ne peut pas faire de lessive sans devoir tout couper y compris le frigo, la lessive a du mal à sécher, les canalisations d'eau sont vieilles et nos éviers très frequemment bouchés, etc.) : c'est ça les facteurs qui nous fragilisent. Je vivrais exactement la même vie si j'étais mariée à un blanc avec la même absence de qualification professionnelle que mon mari, les mêmes difficultés. Peut-être un tout petit moins de chômage pour lui (une ou deux missions temporaires qui se sont évanouies devant lui quand il s'est pointé et que le chef a constaté sa couleur que notre nom de famille ne laisse pas deviner).
11 octobre 2004
Ma famille africaine
UN FILM A VOIR ABSOLUMENT. Un Suisse avec une Ivoirienne, leurs familles et leur bébé. Genre : auto-documentaire.
27 septembre 2004
je suis qui ?
D'où je pense ? D'ici.
Ce qui me met le désespoir au coeur ? la progression de l'UDC en Suisse, le fascisme sous toutes ses formes, la guerre, la dose immense de cruauté et d'indifférence dont est capable l'être humain envers son prochain.
Mon plus grand bonheur ? rencontrer des gens, les instants choisis de solitude, MON MARI (= facteur n° 1), la lecture des journaux (surtout le Monde diplomatique et Charlie Hebdo, Libé, Marie-Claire, der Spiegel, Brigitte, PM Magazin), les livres (essais, romans mais pas de gare, pas de poésie : j'y comprends rien à part les poètes méga connus style Baudelaire), acheter des livres.
Les livres qui ont le plus marqué mon adolescence ? Black boy de Richard Wright (NB : ce livre fait partie du programme officiel au Cameroun, à croire que c'était predestiné !), Chain of Voices et an instant in the wind d'André Brink, Germinal de Zola.
Formation initiale ? Licence en psychologie sociale.
Date de mon intérêt pour l'Afrique ? Pas d'intérêt particulier avant mon mariage, intérêt pour des rapports Nord/Sud équitables curiosité par rapport aux différentes cultures du monde en général. depuis l'adolescence.
Système de croyance ? Elevée dans la foi protestante de l'Eglise réformée suisse, un peu perdu la foi en cours de route mais pas en l'importance égale de chaque être humain et de la symbolique de la résurrection, de la nécessité de mettre en oeuvre le changement, de s'atteler concrètement à vivre sa foi à travers ses actions et contacts avec les autres (lutte pour la justice, l'égalité etc) Impact des théories de la réincarnation, du bouddhisme en particulier : aucun, le nirvana ne m'intéresse pas (à part l'extase sexuelle ;-) !) Je ne vois aucun intérêt à convertir le monde à ma religion et ai le plus grand mal à comprendre que cela soit fondamental pour d'autres.
Signe particulier : Trilingue et sous Effexor pour cause de personnalité borderline
Projet d'avenir : maternité
26 septembre 2004
polygamie bamiléké de l'intérieur
J'apprends plein de trucs avec ma belle-famille en Suisse. Alors que je lui demandais si tout les chefs de village bamiléké étaient polygames, il m'a répondu par l'affirmative, m'expliquant que même si un chef voulait être monogame, c'était impossible dans la mesure où il "hérite" automatiquement de toutes les épouses du chef précédent. Or ces femmes, m'a-t-il expliqué, ont le droit d'exiger d'avoir des relations sexuelles avec leur mari. Si celui-ci n'en a pas envie, il y a un rite spécial qu'il peut faire et une fois ce rite accompli, on considère qu'il a effectivement eu une relation sexuelle. Seulement la femme a le droit de s'opposer à ce qu'il accomplisse ce rite. Je lui parle alors d'un ami dont le père a 27 ans. ça ne l'impressionne pas outre mesure : il y a des chefs qui ont 60 femmes et plus de 200 enfants. Alors je calcule et je dis : "mais ça veut dire que la femme elle couche avec son mari une fois tous les deux mois !" "Et encore !"qu'il me répond, "il n'a aucune obligation d'avoir des relations sexuelles tous les jours". Naïve, je dis :"Mais comment elles font, pour tomber enceinte alors ? Elles doivent faire très attention au moment où elles sont fertiles". Alors malicieusement, le cousin de me glisser que la fidélité des épouses du chef est toute relative ; pour qu'un enfant soit déclaré comme étant un enfant du chef, il suffit qu'il soit né dans la chefferie. Une seule règle à suivre : ne pas se faire pincer en train d'accomplir l'acte sexuel avec un autre homme. Dans ce cas, le chef est en droit d'exclure la femme de la chefferie. "Mais qu'est-ce qui se passe alors pour cette femme ? " "Rien de spécial, elle se remarie avec un homme du village ou alors elle va en ville où elle peut se remarier sans problème".
Au vu de ce qui précède, je me dis que les femmes dans un foyer polygame sont d'autant plus heureuses que leur époux a un grand nombre de femmes. Se faire la guerre à deux, la galère. Une relation par mois avec son "mari" et se choisir ses amants, un sort plus enviable.
22 septembre 2004
Comment ça, tu ne veux plus de ma cuisine ?
"Je suis Africain, mon ventre, c'est mon ventre. C'est personnel. " Big discussions, larmes. "Mais tu ne comprends pas que c'est un de mes plaisirs de la vie, de te faire à manger ? Je fais une très bonne cuisine : c'est sain, c'est varié, c'est diététique ; moi, je la mange, ta cuisine ! C'est hyper cher, la cuisine africaine, on n'a pas les moyens de faire ça tout le temps !" Rien n'y fait : "mon ventre, c'est mon ventre, chacun a sa cuisine et c'est à ça que son ventre est habitué" etc. etc. Je plaide et j'obtiens que deux soirs en semaine, c'est moi qui suis chargée de faire la cuisine et on mangera ensemble la même chose. J'en suis toute tourneboulée quand même. Viens la semaine en question. Au deuxième jour, le jour de SA cuisine AFRICAINE pour son VENTRE PERSONNEL, il me demande :"on mange quoi ce soir ?" Je lui rappelle notre accord, il rit, il avait complètement oublié et il me pique un bout de mon plat. L'accord est toujours en vigueur, mais il oublie 3 fois sur quatre. Comme quoi, des fois, je pleure pour rien et lui, il revendique des trucs à tout hasard, juste pour se prouver qu'il est toujours le même, que l'émigration ne l'a pas changé, même si c'est faux de toute évidence.
Bien amoureuse, ces jours-ci. Je suis en train de renouveler les plats que je fais, des plats "entre ici et là-bas" avec un ingrédient africain et les autres européens. Je les mettrai sur ce blog dès que ce sera au point.
07 septembre 2004
Risque de divorce
Les mariages mixtes aboutissent-ils plus souvent à un divorce ? J'en sais rien et je m'en fiche, à vrai dire. Deux remarques cependant :
1) évidemment, quand la question des papiers et au premier plan (femme ds la cinquantaine avec jeunot de moins de 30 ans, par ex. cf. post sur différence d'âge et culture africaine), le divorce est quasi automatique.
2) ce qui est un facteur de risque dans un couple d'Européens l'est autant dans un couple mixte.
Pourquoi en serait-il autrement, d'ailleurs ? Dénigrement du partenaire, maladie mentale de l'un des partenaires, écart d'âge équivalent à celui d'une génération, relation fusionnelle, immaturité émotionnelle de l'un ou des deux membres du couple, traumatismes subis dans l'enfance encore à l'état de plaie béante, etc. = grand risque de foirage. Qu'on se le dise. Il n'y a pas de "miracle" africain et ce n'est pas parce que les Africains dansent bien et sont souvent souriants que cela veut dire qu'ils sont joyeux ou à même de résoudre vos problèmes en plus des leurs. Parce que si ils n'en avaient pas de problèmes, ils ne se seraient pas exilés (NB: cf. but du blog et contexte dans lequel je m'exprime).
02 septembre 2004
A jour
J'ai réalisé un peu tardivement que j'avais pas répondu à des commentaires relatifs à des posts qui datent un peu. C'est rectifié et promis je vais faire plus gaffe ! ça me fait tellement plaisir, les commentaires. Et puis c'est très instructif.
27 août 2004
dépression, anxiété, alcoolisme, toxicomanie & Co
Mon beau-frère me racontait que lorsqu'il racontait à ses compatriotes que la vie était difficile en Europe, les gens ne le croyaient pas et les plus ouverts lui demandaient : ah bon, on peut avoir faim en Europe ? Et quand lui répondait que non, il était très improbable que l'on soit confronté au problème de la faim si on vit en Europe mais qu'on a plein d'autres problèmes, ses interlocuteurs lui disaient : "si on a pas faim, je ne vois pas quel problème sérieux on peut avoir".
Parce que pour beaucoup d'Africains, le SEUL et UNIQUE VRAI problème qu'on peut avoir, c'est d'avoir faim. Le reste, c'est du luxe. La faim, ils connaissent. Soit qu'ils la vivent ou l'on directement vécue, soit qu'ils doivent constamment trouver le moyen de lutter contre elle. Les autres problèmes ? Ils existent aussi, mais ils sont loin d'être au centre de leur préoccupation. Alors quand un partenaire européen potentiel leur dit qu'il a un problème de santé mentale (ou d'alcoolisme, ou de toxicomanie), au départ, ca a tendance à ne pas les inquiéter du tout. Pour eux, il s'agit d'un problème transitoire. Beaucoup d'Africains sont des chrétiens évangélistes : ils croient sincèrement que si ils amènent leur partenaire à leur église et qu'ils prient pour leur guérison, le problème disparaîtra automatiquement et en très peu de temps. Bref, ils croient au miracle. Deuxièmement, ils ont tendance à penser que les Européens ne savent pas comment profiter de la vie, qu'ils ne savent pas vraiment vivre et que si eux "apprennent" à leur partenaire comment il faut vivre, comment il faut faire pour être heureux, l'Européen comprendra son "erreur" et retrouvera la santé. Troisièmement, la consommation excessive d'alcool est peu stigmatisée par la société africaine (en tous cas chez les chrétiens) et nombreux sont ceux qui "soignent" ainsi leur propre vague à l'âme et pour eux, l'éventuel alcoolisme de leur partenaire ne leur semble pas un problème ingérable.
Bref, toutes les catégories de personnes citées (toxico, alcooliques, dépressifs, malades psy en général), on plus de chances de trouver un partenaire africain que blanc. De fait, dans ma ville, à l'hôpital psy, on était presque toutes dans un mariage mixte ou on l'avait été. Une sur-représentativité de malades blancs dans les couples mixtes que je constate à tout bout de champ. Or si au départ, le partenaire africain est beaucoup plus tolérant, sur le long terme, ce n'est pas le cas. La plupart du temps, le partenaire africain est très décu de ne pas avoir réussi à guérir le malade. Et comme les Blancs, la personne noire en bonne santé psychique trouve rapidement insupportable de vivre avec une personne psychiquement malade. Généralement, un divorce s'ensuit.
Il y a des gens qui s'émeuvent de ce que les Africains "profitent" de personnes mentalement malades en les épousant. Je crois que la question est plus complexe. Pour "profiter" d'une personne mentalement malade, il faudrait avoir formulé le dessein de profiter de la faiblesse d'une personne. Or très souvent, au vu des conceptions africaines de la maladie mentale, l'état de maladie est vu comme très transitoire. L'africain qui épouse une malade mentale pense que la personne va retrouver la santé en quelques semaines, voire quelques mois. Que ca puisse durer des années, la plupart ne l'envisagent pas au départ. Par ailleurs, pas mal de personnes malades mentalement "profitent" de la dépendance du partenaire africain (au niveau des papiers) pour avoir de la compagnie sans être par ailleurs capables de gérer une relation sentimentale normale. Le partenaire sert de béquille, permet un semblant de vie affective que la maladie mentale rend par ailleurs très difficile. Parfois, le partenaire africain sert de faire-valoir : "tais-toi, tu me dois tout" , "sans moi tu n'es rien" et autres joyeusetés. Enfin, il y a des partenaires africains qui s'accrochent, qui s'adaptent lorsqu'ils découvrent l'étendue des problèmes de leur conjointe. Bref, qui sont en tout point pareils aux couples blancs dont l'un accepte de co-habiter avec la maladie mentale de l'autre.