20 décembre 2004
Santé des Africains
En bientôt 4 ans de mariage, je suis impressionnée par le nombre de deuils auxquels je suis allée qui concernaient des personnes adultes de moins de 50 ans mortes au pays. La demande la plus fréquente venant d'Afrique, c'est des médicaments contre des diarrhées, des vers, etc. Les enfants sont quasiment perpétuellement malades. Pas mortellement atteints, mais "patraques" comme on dit en Suisse, pas en très bonne forme, souffrants. Les gens sont en mauvaise santé, souvent, mais souvent aussi, ils n'en parlent absolument pas. Il y a quelques mois, une femme africaine en situation illégale était en visite chez moi. Elle était pliée en deux par la douleur mais ne se laissait pas convaincre d'aller à l'hôpital. Je ne me suis pas assez méfiée. Le matin, elle est partie très tôt alors que je dormais. Deux jours plus tard, n'y tenant plus, elle s'est présentée à un hôpital : elle a été opérée dans l'heure : elle avait un problème gynécologique qui menaçait de la tuer si elle ne subissait pas immédiatement une opération. Les exemples de ce type abondent, où des Africains émigrés en Europe découvrent pas hasard qu'ils ont en fait une maladie potentiellement mortelle s'ils ne la soignent pas dans les plus brefs délais. Comme par exemple des polypes dans le nez qui menaçent d'infecter le cerveau. Il y a énormément de maladies virales en Afrique et le fait que beaucoup de gens sont malnutris les rend beaucoup plus sensibles aux maladies. A Yaoundé, il y a des lépreux. Or il est quasiment impossible de contracter la lèpre si on dispose d'une alimentation en qualité et en quantité suiffisante. Sans parler du SIDA, qui est un problème majeur dont j'ai déjà parlé.
En résumé, je conseille à toute personne en relation avec une personne qui a séjourné récemment en Afrique - un récemment très extensif, des sales bestioles comme des amibes peuvent survivre deux ans dans l'estomac de quelqu'un - d'aborder rapidement le problème de la santé, en faisant bien sûr attention aux susceptibilités. Le port du préservatif est une question de survie vu la prévalence du Sida, une marque de respect aussi. (NB : les femmes africaines n'osent souvent pas proposer d'elle-même le port du préservatif, mais ça ne veut pas dire qu'elles ne connaissent pas ou ne seront pas rassurée. Source : dernier rapport Onusida 2004). Sans compter qu'à côté du Sida, il y a aussi plein de MST qui traînent, comme la blénnorahie et la syphilis.
Par ailleurs, en médecine tropicale, UNE FIEVRE N'EST JAMAIS ANODINE. Donc direction le médecin dans tous les cas : ça peut être un accès de malaria même plusieurs semaines après l'arrivée en Europe, ça peut être des amibles, ça peut être toutes sortes de maladies tropicales très dangereuses et qui peuvent évoluer très rapidement. Dans les pays tropicaux, les gens ont l'habitude de souffrir d'accès de malaria et ils n'en font pas grand cas, mais il y a plusieurs types de malaria et seul un examen médical peut déterminer s'il s'agit d'un cas grave ou non de malaria (il y a des malarias qui "montent au cerveau" et peuvent être soignées mais exigent d'être hospitalisé immédiatement dans une chambre pour les personnes sans défense immunitaire; certains accès de malaria peuvent emporter quelqu'un en quelques heures en l'absence de traitement). Donc si votre partenaire a immigré récemment, si vous êtes allés en vacances en Afrique, faites attention à tout début de fièvre et suivez précisément toutes les indications de la médecine du voyage. A part l'hépatite A, la personne émigrée n'est PAS IMMUNISEE contre la plupart des maladies virales qui pullulent en Afrique.
Les maladies gynécologiques sont aussi très fréquentes à cause des conditions de vie. Pour la plupart des femmes africaines, le fait d'être mère est le passage obligatoire pour se sentir adulte et avoir un rôle dans la société. Dès lors il est peut-être plus aisé de parler de contrôle gynécologique en parlant de préserver la fertilité et de faire "un bon petit nid" pour le bébé. Insister sur le fait qu'on peut très bien avoir une infection gynécologique en était 100 % fidèle (en gardant sur soi un vêtement mouillé, par exemple).
Beaucoup d'Africaines croient au mauvais esprits, aux sorts, aux malédictions. Rappelez-vous cependant que l'immense majorité d'entre eux vont d'abord voir un médecin formé à la médecine occidentale et ne vont chez les tradipraticiens ou les pasteurs qu'après avoir constaté que le traitement proposé dépasse leurs moyens.
Une remarque : j'ai parlé ici de l'Afrique centrale. La situation est toute à fait différente au Maghreb ou en Afrique du Sud (sauf pour le Sida où 25 % de la population est contaminée).
Sur des oeufs marcher
Il y a sans doute des différences entre les pays africains, mais j'ai entendu beaucoup d'histoires d'adultes de la trentaine qui racontent comment on leur apprenait les fleuves et les capitales européennes à coup de bâton, comment c'était un calvaire que de devoir demander aux parents d'acheter les livres qu'ils n'avaient pas les moyens d'acheter. Lorsqu'ils réalisent que nous sommes incapables de nommer le moindre fleuve africain, que nous sommes incapables de placer leur psys sur une carte, encore moins de citer toutes les capitales, bref, que notre ignorance est absolument abyssale en la matière, ça les blesse, je crois. Au moins autant que ceux qui parlent de l'Afrique en termes "ethnologiques", qui imaginent que les immigrés ont vécu dans la brousse alors que l'immense majorité vient de très larges villes.
"Combler" la différence de niveau d'éducation n'est à mon sens un projet possible que si chacun accepte d'apprendre. Un projet qui ne peut pas se mettre en oeuvre avant plusieurs années de vie commune. Ou chacun apprend de la culture de l'autre, de conversations. Ne pas se braquer sur des "fautes" d'expressions, accepter que le français d'ici n'est pas le français de là-bas. "Je vais chez le boutiquier" (à la superette, à la boutique)"Vas-te mirer, tu as une tache de sauce tomate (vas-te regarder dans le miroir" "Je ne refuse pas, mais..(je ne dis pas que tu as tort, mais mon avis c'est)""Il fût son ami" (passé simple utilisé dans la conversation courante, sans aucune volonté de prétention). Après, quand chacun est rassuré, alors le projet d'acquérir une formation dans la société d'acceuil devient possible, comme devient possible l'envie de pouvoir lire plus vite, d'écrire soi-même ses lettres, d'apprendre des choses sur l'histoire, la politique etc. du pays d'acceuil. Possible de communiquer à l'autre la nostalgie des contes des grands-parents, des chasses de rats et d'oiseaux, des rites animistes. Avec le temps. Et la distance. Et...........................la modernité : quand le livre reste un obstacle, internet ou un CD-Rom ou un CD audio peuvent être un moyen de s'informer, d'accéder au savoir sans avoir à se coltiner les souvenirs humiliants de l'enfance. Et si la personne illettrée pose une question sur la grammaire ou l'orthographe, vous vous rendrez compte à quel point ces savoirs sont difficiles à acquérir à partir de rien et vous admirerez les profs. Ce que la recherche pédagogique montre, c'est que demander à la personne qu'elle est sa théorie derrière la question, comment elle s'imagine que se conjuge telle ou telle chose, c'est ce qu'il y a de plus efficace et de plus valorisant pour la personne. Sur des oeufs, marcher, en filigrane.
05 décembre 2004
Village planétaire : où ça ?
Dans les grandes villes africaines, on trouve des web cafés. Le prix de l'heure de surf est dérisoire mais c'est en fait très élevé par rapport aux salaires des gens. Résultat : la plupart des gens utilisent intenet uniquement pour envoyer des emails à l'étranger et éviter d'attendre les 3 semaines que durent la transmission du courrier par poste, sans compter que peu de gens ont une adresse et une boîte au lettre parce qu'il faut payer pour en avoir une. Donc même des gens qui habitent dans un bidonville peuvent avoir une adresse email si ils ont de la famille à l'étranger ou dans des villes éloignées. Pour autant, ils n'ont absolument pas les moyens de surfer pour les loisirs ou pour s'informer. Sans compter que la plupart des gens sont illettrés à un degré ou à un autre : ils mettent beaucoup de temps à écrire et beaucoup de temps à lire et dans pas mal de webs cafés, il n'y a pas d'imprimante...La disponibilité de l'information reste donc très virtuelle pour une immense majorité d'Africains.
1994 : Rwanda, année du génocide
La plaie est encore béante. Une journaliste de guerre disait dans Brigitte : "le temps des victimes est statique, il s'écoule très lentement. Les actions, les attaques, les bombardements, tout se passe très vite. Comme reporter de guerre, on filme les événements. Si je vais dans un hôpital, filmer un blessé et que je reviens 3 mois plus tard, rien ou presque n'aura bougé et je n'aurai aucune "nouvelle" à rapporter, c'est là toute la difficulté à rendre compte du vécu des victimes, mais aussi de la réalité de la guerre. La guerre, c'est essentiellement de l'attente, un temps suspendu. On attend au check point, on attend de pouvoir sortir de sa cachette, on attend de se remettre de ses plaies. Une longue, une interminable attente, qu'il est presque impossible de faire passer dans les médias actuels où c'est l'action, la rapidité de la transmission de l'information qui est mise en avant." Le Rwanda, c'était il y a 10 ans : c'était hier, c'est aujourd'hui encore. Dans la mémoire mais aussi dans les faits : à la frontière de la République du Congo, c'est toujours l'état de guerre.
02 décembre 2004
Les mystères de google
21 novembre 2004
le débat, y'a que ça de vrai !
Ce blog, je l'alimente régulièrement mais pas de manière continue. Quand j'ai rien à dire, je me tais ! Quand je raconte rien, évidemment, j'ai pas beaucoup de commentaires. Je trouve ça dommage, parce que je regarde toujours s'il y en a et je suis toujours prête à discuter, même de sujets abordés dans de très vieux postes. Et puis grâce aux commentaires des sujets inhabituels peuvent être abordés, comme une fois sur la drague version pakistanaise. Enfin, mon offre de mettre des liens sur tout blog abordant la question des couples mixtes tient toujours ! A bientôt j'espère, au plaisir de vous lire.
ctte folie !
Ce blog a été créé en juillet 2004. Dès le départ, j'ai eu beaucoup de visiteurs, avec une moyenne de plus de 900 visiteurs par mois. Ce qui me fait plaisir, c'est que les gens qui viennent sur ce site y viennent pour les bonnes raisons. La quasi totalité des gens cherchent des infos sur les couples mixtes. ça tombe bien, c'est le but du blog. Il y a quelques dérangés, ceux qui recherchent "les grosses fesses des camerounaises" ou "tous les malheurs causés dans le monde par les mariages mixtes". Mais l'immense majorité a simplement mis "mariage mixte". Un certains nombres précisant "Afrique, africains, européens, pakistanais, etc.". Il y a aussi pas mal de gens qui sont dirigés vers mon site alors qu'ils recherchent des infos sur comment gérer les différences entre religions, surtout l'islam. ça prouve que c'est un sujet qui intéresse pas mal de monde : quiconque s'y connaît et a envie de rédiger un blog sur ce sujet aura un beau succès ! Personnellement, j'ouvre volontiers les posts de ce blog a une personne qui aurait envie d'aborder cette question. La plupart de mes visiteurs sont Européens ou Canadiens, ce qui me déçoit un peu vu que j'aurais bien voulu pouvoir contribuer à aider les candidats à l'exil à se faire une idée plus réaliste de l'eldorado européen. J'ai quand même pas mal de visiteurs marocains et je les salue de tout coeur !
Un défi pour la vie
11 novembre 2004
Citoyen de 5ème classe
Téléphone à mon ambassade (je suis double nationale) : bonjour, j'aimerais faire enregistrer mon mariage et renouveler mon passeport. La femme me répond courtoisement. J'aimerais aller en vacances visiter ma famille, mon mari est camerounais, est-ce qu'il aura besoin d'un visa ? "Absolument, il a absolument besoin d'un visa". Les gens qui arborent un T-shirt "je suis un citoyen du monde" sont des imbéciles profonds, ou alors ils viennent de débarquer de Mars.
26 octobre 2004
Assiette
Enième reportage sur les Etats-Unis hier soir. Soudain tu dis : t'as vu toute la nourriture qu'il y a dans leurs assiettes ? Non, j'ai pas vu. Ni là, ni ailleurs, ni jamais. Tu viens du Sud et moi du Nord, là est toute la différence. On peut s'aimer et on peut se comprendre. Je perçois de plus en plus nettement que nous aurons toujours un regard, une attention différente. Tu as eu faim, moi pas. Une anecdote me revient, de mon beau-frère, un "mbenguiste" lui aussi, ces amis lui demandaient au pays : "est-ce que j'aurai faim en Europe ? Non ? Alors je n'aurai aucun problème, quel autre problème est-ce qu'il peut y avoir ?"