29 juillet 2006
média suisse qui parle de l'Afrique
Mon journal préféré, c'est le journal LE COURRIER (slogan : indépendant par nature). Pour un tas de raison différentes, mais entre autres celles-ci : Grâce - notamment - à leur collaboration avec divers autres journaux suisses régionaux et étrangers (Libération, le Monde diplomatique, etc.), ils publient très régulièrement des articles sur la réalité des pays du Sud. Envie de suivre le développement des élections au Congo Kinshasa ? C'est là que ça se passe.
Le journal paraît tous les jours sauf le lundi. Ils appartient à ...ses lecteurs exclusivement. Chroniquement déficitaire, mais toujours debout grâce à l'appel à des abonnements de soutien (i.e certains lecteurs l'aiment tellement qu'ils paient plus que les autres, font des dons, etc. ). Le journal coûte 1.80. Ils ont une offre promotionnelle à 2 mois d'abonnement pour 26.-. Détail sympa : insérer une petite annonce coûte 10.- ou 15.-, je sais plus.
13 avril 2006
quelle guigne !
Voilà ti pas que je suis allée chercher mon mari à l'autre bout du monde et que je me retrouve avec ma mère ! Même souci du quand-dira-t-on, de faire les choses "comme ça se fait" (a dit qui ?). Comme quoi le hasard est peu de choses.
31 mars 2006
reflets sud
Et si connaître la réalité du pays d'origine permettait de mieux comprendre l'autre ? A mon avis oui. Mais où s'informer ? Je sais pas si vous vous êtes déjà rendu dans le rayon "Afrique" d'une librairie d'une ville de taille moyenne, mais faites-le et vous constaterez que le rayon est déjà pas très grand et que la part consacrée à l'Afrique noire et généralement plus petite encore. Le plus souvent, des livres sur le folklore, les beaux tissus/masques ou les safaris au Kenya. Et des livres sur les Dogons. Je sais pas pourquoi. Les Dogons, toujours les Dogons, encore les Dogons. Divertissant, instructif, mais pour comprendre le quotidien de votre belle-famille en 2006, oubliez.
Autre source d'information : votre conjoint(e) et ses compatriotes. Mais il y a un hic majeur : la nostalgie + l'envie de donner une "bonne" image du pays font qu'ils ont tendance à enjoliver complètement la réalité, ou parler d'une Afrique rêvée, etc. Pour un regard un peu objectif, c'est pas l'idéal.
Et c'est là qu'intervient Reflets sud , une émission de la RTBF qui passe aussi sur TV5 monde (à 10 h le samedi matin, heure de Paris). Et là, c'est chouette parce que vous apprenez plein de truc sur l'Afrique réelle mais sans jamais verser dans le misérabilisme. L'accent est mis sur la richesse culturelle de l'Afrique, sa créativité, leur "démmerde" , le dévoloppement pour les Africains et par les Africains. Pas "d'expert" blanc en vue. Bref, une émission sympa, très sympa.
05 décembre 2005
faire-part de naissance
Mon bébé est né et on est aux anges ! Pour son faire-part, j'avais surfé longuement et pratiquement rien trouvé. Je voulais un faire-part qui nous corresponde, pas un faire-part avec un bébé blond aux yeux bleus, ni un faire-part avec un bébé 100 % africain. Finalement, je l'ai fait moi-même : j'ai scanné un tissu africain et j'ai découpé une forme de nounours, superposé le tout et au final, j'ai un faire-part avec comme fond un imprimé de tissu africain, au centre un nounours et dessus notre texte. J'ai utilisé le logiciel GIMP, c'est un logiciel libre et donc gratuit de traitement d'image, qui marche très bien sur Windows (pour le télécharger, cf. http://www.framasoft.net/).
28 octobre 2005
j'y suis j'y reste
Entendu dire qu'il était de plus en plus souvent proposés aux couples mixtes d'aller se marier "au pays", puis de demander un enregistrement du mariage et un visa pour rentrer, surtout quand la personne étrangère est sans papier en Europe. Or se marier au pays est une TRES MAUVAISE OPTION pour toute personne qui n'a pas la certitude absolue de pouvoir rentrer sans problème en Europe.
1) se marier fait partie des droits humains et tous les pays européens sont signataires de la Déclaration des droits de l'homme : personne n'a le droit de vous refuser le mariage.
cf article 16 :
Article 16
- A partir de l'age nubile, l'homme et la femme, sans aucune restriction quant à la race, la nationalité ou la religion, ont le droit de se marier et de fonder une famille. Ils ont des droits égaux au regard du mariage, durant le mariage, et lors de sa dissolution.
- Le mariage ne peut être conclu qu'avec le libre et plein consentement des futurs époux.
- La famille est l'élément naturel et fondamental de la société et a droit à la protection de la société et de l'Etat.
Déclaration des Droits de l'homme
(nubile = après la puberté)
2) au "pays", vous serez A LA MERCI DES FONCTIONNAIRES DE L'AMBASSADE. Vous me direz, en Europe aussi. Vrai, mais ici
- vous avez la possibilité de saisir la Cour européenne des droits de l'homme
- vous avez la possibilité de faire du tapage médiatique (créer autour de vous un comité de soutien, contacter des journalistes, contacter une organisation contre le racisme ou qui défend les droits des immigrés) (en Afrique, cette possibilité reste théorique dans un certain nombre de pays et le pays européen peut très bien faire la sourde oreille à un tapage...africain)
Si un fonctionnaire est en Europe est déclare que votre mariage est "blanc", ce sera à lui d'en faire la preuve (ça prendra peut-être beaucoup de temps, mais au final vous êtes quasiment assuré de gagné sur le plan judiciaire). Si un fonctionnaire européen d'une ambassade refuse de vous délivrer un visa, vous n'avez pas de recours juridique possible (bien souvent, les refus de visa n'ont pas besoin d'être justifiés)
3) le risque pour la personne sans papier d'être renvoyée "au pays" est faible. Pourquoi vivre la douleur d'une séparation alors qu'on peut commencer à construire sa vie de couple, faire un bébé etc. en restant en Europe. Renvoyer une personne dans son pays d'origine coûte TRES CHER aux Etats européens. Donc les discours contre l'immigration illégale restent le plus souvent à ce niveau...celui du discours. Dès que la personne immigrée a quitté l'aéroport, le risque qu'elle se fasse renvoyer par la suite est faible. Surtout qu'un certain nombre de pays africains refusent d'octroyer des laisser passer à leurs propres ressortissants ou de laisser atterir des avions comprenant des personnes renvoyées contre leur gré. (Pour la simple et bonne raison que l'argent envoyé par les immigrés - légaux ou non - dépasse très largement l'aide reçue à titre d'aide au développement. Dans un pays comme le Nigéria, ce rapport est de 5 à 1).
4) plus vous vivez longtemps ensemble et plus il est difficile à l'état européen d'argumenter que vous n'êtes pas un vrai couple. Chaque jour, vos voisins, le vendeur de la supérette du coin, etc. sont témoins de l'existence de cette vie de couple. Autant de témoins potentiels devant une cour. Par contre, si vous vivez séparés de plusieurs milliers de kilomètres, il vous sera nettement plus difficile de prouver le sérieux de votre relation.
Bref : si vous êtes en Europe, restez-y. N'acceptez de vous marier "au pays" que si vous êtes prêts à y vivre tous les deux.
09 août 2005
alliances sans frontière
Trouvé un site d'une association sur les mariages bi-nationaux "alliances sans frontières" qui donne pas mal d'infos intéressantes sur les aspects politiques et juridiques liés à ce type de mariage. Le site est centré sur la situation française, mais liens sur d'autres organisations de ce type dans différents pays européens.
La lutte contre le mariage "blanc" a pour effet de rendre plus difficile l'obtention de permis de séjour pour TOUS les couples mixtes et de remettre fortement en cause le droit au regroupement familial. Si vous voulez vous battre pour la reconnaissance juridique et politique des couples mixtes, c'est sur leur site qu'il faut aller.
20 juillet 2005
les bébés afro-européens
Je suis enceinte de six mois et je me porte bien. Je vous livre ici quelques remarques et observations pour faciliter la communication entre votre partenaire et vous dans cette période si particulière. (NB : ces remarques ne concernent pas tous les couples mixtes, cf. but du blog.).
Une affaire de femmes ?
Les 3 premiers mois de la
grossesse, c'est pas toujours facile, facile. Il y a une sorte
d'orage hormonal qui crée bien des désagréments,
le plus connu étant la nausée. Psychologiquement, c'est
aussi une période où il se passe des choses, comme
notamment un changement dans sa relation à sa propre mère,
des questions qu'on se pose sur quelle genre de mère on sera,
etc. Chacune le vit à sa manière. Personnellement, je
m'attendais à ce que mon mari soit mon soutien numéro
un. Lui n'était pas au courant que je pensais avoir besoin de
son soutien, ni qu'il était en mesure d'en apporter un.
Pour
lui, la grossesse était une affaire de femmes, gérée
par les femmes qui se soutiennent entre elles. C'est le modèle
qu'il a connu en Afrique. Les gens de sa génération
viennent encore de familles très nombreuses, où la
polygamie est 10 X plus fréquente que maintenant. Résultat
: il est rare qu'une femme ne puisse pas compter sur une armada de
femmes ayant déjà été enceintes
(cousines, soeurs, belles-soeurs) et à même de la
conseiller et elles ont aussi souvent le souvenir de certaines des
grossesses de leur mère ou d'une autre femme de leur père.
Très souvent, elles ont aidé ces femmes, gardés
les frères et soeurs plus jeunes, etc. Rien à voir avec
la situation européenne. Je n'ai qu'une cousine qui ait déjà
accouché. Aucune de mes amies n'a encore eu d'enfants. Je peux
compter sur le soutien de mes parents, mais ils font attention de ne
pas trop se mêler, histoire de ne pas empiéter sur notre
vie de couple. Parce que la grossesse est considérée
par eux avant tout comme une expérience intime de la vie d'un
couple.
Au début de la grossesse donc, je me suis
retrouvée assez isolée. Une grande « discussion »
avec mon mari plus tard, il a accepté de jouer le rôle
que j'attendais de lui. Il a été très surpris de
ce que je lui ai dit. Il n'était pas de mauvaise volonté,
il ne s'attendait simplement pas du tout à avoir une place
aussi centrale pour moi.
Je pense que tout homme peut être
d'un grand soutien pendant la grossesse de sa femme. Et en
particulier les hommes africains. Comme je l'ai mentionné
ailleurs, il est rare que les immigrés n'aient pas déjà
eu des enfants, même s'ils sont jeunes. Donc les connaissances
qu'ils ont des changements induits par la grossesse sont bien souvent
importantes. Sans compter que eux aussi ont été témoins
des nombreuses grossesses de leur entourage et qu'ils se sont aussi
très souvent occupés de leurs frères et
soeurs. Ils leur ont souvent procuré de nombreux soins
(changer les couches, bercer, porter sur le dos, etc.).et ont de ce
fait des notions de puériculture beaucoup plus importantes que
l'homme européen moyen. J'ai l'impression qu'il y a aussi
moins d'inquiétude sur la crainte d'être « dépassé »
par le nouveau-né, de ne pas savoir s'en occuper. Je sens mon
mari très sûr de lui et ça se comprend : à
neuf ans, il était la personne qui s'occupait principalement
d'un de ses petits frères, qu'il trimballait sur son dos à
longueurs de journées, changeait etc. Ce qu'il a réussi
alors, pourquoi n'y parviendrait-il plus maintenant ?
Dans sa culture, l'accouchement aussi est considéré comme une affaire de femmes. Conséquence principale : les maris n'assistent pas à l'accouchement, dans leur très grande majorité. En Europe, c'est exactement l'inverse. A discuter ;-) !!! Mais peut-être pas trop. J'ai lu à différentes reprises que le fait de voir leur femme accoucher perturbait la libido de pas mal d'hommes européens, qui ont bien du mal à reprendre leur vie conjugale sur ce plan par la suite. Ça fait réfléchir, non ;-) ?
Le bébé, on en parle ?
Mon bébé est
un bébé désiré par nous 2. Quelle ne fût pas
ma surprise quand, au cours des trois premiers mois, mon mari
« refusait » d'en parler ! Il ne voulait
subitement plus entrer dans aucune discussion sur le choix du prénom,
ni sur notre future vie avec l'enfant, ni manifester trop ouvertement
sa joie. A mes parents qui se lançaient dans des discussions
enthousiastes sur l'avenir, il répondait à peine et
toujours très vaguement. Eux aussi étaient surpris et
sans doute plus que ça, même s'ils ne me l'ont pas dit.
Son attitude a changé du tout au tout une fois les trois mois
fatidiques écoulés. Dans sa culture, la femme dit être
« enceinte » à partir du 4ème
mois. Avant, elle ne parle que de « retard ».
Dans l'obstination de mon mari à ne pas parler avant, il y
avait comme une crainte - comme si en en parlant, cela pouvait nuire
à l'enfant, le faire cesser d'exister.
Dans le même ordre
d'idée, mon mari refuse absolument d'évoquer tout
événement malheureux qui pourrait survenir durant cette
grossesse. Il se fâche carrément. Impossible d'aborder
la question de l'annonce d'un handicap ou d'un accouchement très
prématuré. Même quand j'ai dit que je voulais
déjà préparer l'appartement parce que ça
arrive qu'on doive passer la fin de la grossesse couchée, il
s'est énervé à l'évocation de cette
possibilité. Une fois que je lui ai dit que cette éventualité
était assez fréquente ici et ne portait pas à
conséquence, il s'est calmé. Je ne suis pas trop
étonnée par cette réaction, c'est le fameux « il
ne faut pas peindre le diable sur le mur de la maison » -
l'idée étant que parler d'un malheur a en quelque sorte
le pouvoir de faire se produire le malheur en question, une croyance
très fréquente là aussi dans sa culture. (Les
mots en eux-mêmes peuvent être porteurs d'une puissance
magique. Très courant dans toutes les cultures qui croient à
la malediction, mais aussi chez les protestants évangéliques
qui pensent que tout ce qui est dit « au nom de Jésus »
acquiert automatiquement une puissance, une capacité à
se réaliser). Comme jusqu'à présent, tout va
bien pour le foetus, ça ne me pose pas trop de problème.
Je regrette néanmoins de ne pas avoir prévu sa
réaction, parce que dans ce cas, j'aurais discuté de ça
avec lui avant d'être enceinte.
(NB : j'avais quand même
eu peu abordé la question de l'enfant handicapé avec
lui et ma belle-soeur M. J'avais alors appris que le handicap n'était
pas considéré comme un événement naturel
auquel on ne peut rien, mais comme la conséquence de trop
fréquentes disputes dans le couple parental durant la
grossesse : la dysharmonie du corps de l'enfant comme le miroir de la
dysharmonie entre les parents. A peu près la même
croyance donc, que celle qui a prévalu en jusqu'à peu
dans le monde judéo-chrétien: le handicap de l'enfant
qui « trahit » le « pêché »
d'un ou des deux parents. Mais bon, c'est pas parce qu'une croyance
est commune à deux cultures + très vieille qu'elle ne
pose pas de sérieux problèmes ! Non seulement elle est
très culpabilisante pour les parents, mais elle crée
aussi des difficultés avec la famille élargie qui
soutient sans doute moins un couple accusé d'avoir créé
son propre malheur. Cela dit, beaucoup d'Africains immigrés de
ma connaissance ont très peu été à
l'école. Ma belle-soeur, par exemple, n'avait aucune
connaissance de l'existence de maladies génétiques ni
des conséquences des accouchements qui se passent mal.
Retrospectivement, ça l'avait pas mal rassurée de
l'apprendre et d'attribuer à une cause nouvelle le handicap
d'un de ses neveux.)
Juste après la naissance
Là aussi, mieux vaut
se renseigner sur les habitudes culturelles de l'autre. Dans la
culture de mon mari par exemple, un grand amour des purges pour les
nouveaux-nés et les jeunes enfants, pratiquées au moyen
de plantes médicinales traditionnelles ! Disons que
personnellement, je ne suis pas fan ;-). Je veux par contre bien
prendre les autres aspects : manucure, épilation, coiffure,
nouvelles robes et literie pour l'accouchée ! Très peu
pour moi par contre, les pratiques pour faire « diminuer »
le ventre en frappant fort dessus avec un linge ou un balais mouillé
! 1) ça fait mal, 2) c'est pas efficace.
Une habitude méga
répandue en Afrique : une femme – le plus souvent déjà
mère elle-même - vient s'installer au domicile de la
femme qui a accouché et y reste environ un mois. Je connais
une femme européenne qui a très mal réagi à
la proposition de son mari africain de faire venir une connaissance à
lui. Comment ? Une intrue sous son toit au moment où elle
avait le plus besoin d'intimité ! et pourquoi faire, lui
piquer son mari ! A peine elle a accouché et déjà
il pense à la tromper ! En fait, ses craintes étaient
sans doute sans fondement et la proposition de son mari très
ordinaire. Alors que les femmes européennes se retrouvent très
souvent seules avec leur bébé 3 jours après
l'accouchement, la femme africaine est beaucoup plus entourée.
Le ménage ? Ce n'est pas elle qui s'en occupe mais la ou même
des fois les femmes spécialement dépêchées
pour ça. La pile de langes à laver (les couches sont
souvent bien trop chères) ? Pas elle non plus. Elle n'a qu'une
tâche : allaiter son bébé. Or une femme reposée
allaite beaucoup mieux qu'une autre (c'est très rare dans ces
conditions qu'elle n'ait pas assez de lait, etc. ). Bref, moi
j'accepterais volontiers une telle proposition. D'autant plus qu'il
est bien connu que ce n'est pas directement après
l'accouchement qu'on aura le plus envie d'intimité sexuelle
avec son mari et que si mon mari me trompe, toute femme est suspecte
(attention aux voleuses de mari o !).
De manière générale, je suis d'avis que la culture africaine en ce domaine correspond beaucoup mieux aux besoins de la femme après l'accouchement.
Quelques jours après l'accouchement, la femme connaît une chute
hormonale et se sent souvent très désemparée, exténuée et parfois
triste suite à tous ces bouleversements. Or en Europe, à ce moment là,
le mari est reparti au travail, la grand-mère aussi et la femme est
censée s'occuper seule du ménage, de la nourriture, du bébé, de
l'allaitement etc. ! Bref, toutes les conditions sont réunies pour que
le lien précoce mère-enfant se passe mal ! Heureusement, grâce au
courage des femmes, ça s'arrange le plus souvent en quelques jours ou
semaines. Mais je trouve que c'est beaucoup de souffrance pour rien de
part et d'autre.
Circoncision/excision
cf. post de juillet 2004. Excision : strictement
interdite
et attention aux voyages dans la famille – l'excision
peut se pratiquer à tout âge et c'est donc à tout
âge que les filles et les adolescentes non excisées sont
menacées de l'être ! Se rappeler que les femmes ne sont
pas les moins âpres à défendre cette pratique
mutilante et que les excisions sont le plus souvent pratiquées
par des femmes. A ma connaissance, aucune population de religion
chrétienne ne pratique actuellement l'excision (ça s'est fait aux USA
au 19ème siècle...). Pour savoir quels sont les pays les plus concernés par la pratique de l'excision, cf. ici (2ème partie du post + surtout les commentaires).
Circoncision : elle aussi
peut se pratiquer à tout âge. Très répandue
y compris dans les populations chrétiennes. La circoncision
doit obligatoirement se pratiquer à l'hôpital. Si vous
ne faites par circoncire votre fils, faites attention à la
propreté de son prépuce (à laver à chaque
bain du bébé). Il n'y a pas plus de problèmes
urinaires chez les garçons non circoncis pour autant que
ceux-ci aient une bonne hygiène intime.
28 juin 2005
les enfants de l'autre
A brève échéance, c'est donc la construction d'une famille recomposée qui se produit. Avec les difficultés et les bonheurs, qui, je l'imagine, caractérisent toute famille recomposée.
Des familles de ce type, j'en connais des heureuses. Le mari européen dans la quarantaine voit son rêve de vie de famille se réaliser, lui qui, pour des raisons x ou y, a tardé à en avoir. Il ne fait pas de différence entre les enfants du premier lit et ceux qu'il a peut-être avec sa femme africaine. Bref, il est le père. Les enfants manifestent un désir forcené de s'intégrer (je le constate, c'est tout, pas de jugement de ma part). Ils ont envie de visiter Paris, préféreraient aller à la mer qu'au pays, ne savent plus danser (au désespoir des parents africains, qui mettent un max de pression et se plaignent de ces enfants devenus « blancs » si rapidement). Les années de séparation entre le moment de l'immigration du parent et celle de l'enfant ont laissé des traces, les mères constatent douloureusement que l'enfant s'est comme un peu détaché d'elle, qu'elles-mêmes ont perdu un peu de leur spontanéité, mais pas toutes et pas toutes durablement. Quoiqu'il en soit, elles ne regrettent pas leur choix, les enfants vivent dans l'insouciance, ils vont à l'école, ils ont des copains, ils sont ici comme si ils y étaient nés, éloignés à jamais de la malaria et de la malnutrition. Le mari les emmène skier, leur apprend à nager, fait des courses de montagne avec eux. Lui aussi est fier d'eux.
Et puis j'en connais des catastrophiques. Où le mari est vieux et n'a aucune envie de jouer le rôle de père. Il a déjà donné. Il vit l'arrivée des enfants comme une invasion intolérable de son territoire. Sans compter que les enfants pourraient être ses petits-enfants, ce qui redouble le mécontentement des siens, d'enfants, qui voudraient le voir jouer un rôle de grand-père. Où le mari est par bien des traits un enfant lui-même, il veut sa femme pour lui tout seul, qu'il soit sa seule préoccupation, tout au moins en apparence. Devoir jouer un rôle d'adulte, il en est peu capable. Le plus souvent, dans ce type de cas, le mari demande assez rapidement le divorce, et c'est tant mieux tant l'air est irrespirable dans ces foyers.
Et que se passe-t-il lorsque
c'est l'homme qui est africain ? Dans mon entourage, la situation est
un peu différente lorsque c'est l'homme qui est africain parce
que, généralement, c'est un enfant d'une relation « en
passant » et que l'homme n'a jamais vécu avec le ou
les enfants (il s'agit alors généralement des enfants
de femmes différentes- ils vivent avec elle ou dans sa famille à elle si elle est décédée). Il a peut-être pris en charge
une partie des frais liés à cet enfant, peut-être
a-t-il une relation personnelle avec l'enfant, mais pas forcément.
L'enfant n'est généralement pas la cause première
de la migration. La cause première, c'est que cet homme n'a
pas trouvé sa place, pas de travail, pas de logement à
lui, il squatte sur le canapé chez un de ses frères et
c'est dans l'espoir de gagner de l'argent et fonder à son tour
un foyer qu'il est parti en Europe.
L'idée de « faire
monter » l'enfant en Europe est souvent présente,
mais à des degrés divers. Et c'est en fait pour ça
que j'écris ce post, parce que je suis tellement écoeurée
du malheur que je vois dans le foyer d'un couple où les
enfants du mari sont « montés » sans que
n'ait été préalablement analysée en
profondeur la situation. Voici l'histoire. J'espère qu'il s'agit d'un cas isolé.
Le mari a 3 filles de deux mères
différentes. Une des mères, celle qui a les deux filles
aînées, aurait beaucoup voulu avoir le droit de garde
des filles. Mais vivant dans une société fortement
patriarcale, elle ne l'a jamais obtenu. C'est le grand-père
paternel qui a continuellement décidé du sort des
enfants, dans un souci très relatif de leur bien-être.
Quand mon amie s'est mariée, les filles vivaient chez ce
grand-père, qui se faisait passer pour leur père
(situation très anormale, même dans cette culture). Le
mari ne parlait jamais de ses filles, nous ignorions qu'il en même
qu'il en avait (là aussi, très bizarre, les pères
africains aiment autant parler de leurs enfants que les autres). Le
mari ne téléphonait pas non plus à ses filles,
bien qu'il dépensait plusieurs centaines d'euros en téléphone
avec sa famille. Mais la situation faisait « tache »
: ses amis ne comprenaient pas pourquoi il ne se précipitait
pas pour faire venir ses filles, leur église non plus. Il
semblait indispensable que ses filles vivent avec lui, fortement
injuste qu'elles ne puissent pas profiter de la « chance »
de vivre en Europe. Elles sont arrivées en juillet dernier. A
leur arrivée, elles ont pu téléphoner à
leur mère et puis.... plus rien, aucune proposition de faire
acheminer une lettre ou de téléphoner. Elles n'avaient
qu'à comprendre que leur belle-mère était
dorénavant leur « mère »,
qu'elles devaient l'appeler « maman » et ce
n'était pas censé poser le moindre problème
« c'est comme ça en en Afrique ». Mais
ça en a posé, et ça continue, dans une spirale
infernale. Les filles ont pris du poids, beaucoup de poids, 10 kg en
un mois. Elles ne l'ont pas reperdu. A l'école, elles n'ont
rien appris, un blocage complet, les deux aînées sont en
échec scolaire massif . Leur désir : retourner au
pays, vivre avec leur mère (la vraie !). Elles l'ont demandé
à leur père. Il refuse. Elles dépriment. Elles
écoutent la musique du pays à plein tube, dorment,
regardent la télé.La moyenne a un visage tellement
sérieux et des yeux si tristes. L'aînée économise
chaque centime de son argent de poche et le fait parvenir à sa
mère lorsqu'un compatriote se rend au pays. Elle se fait sans
doute du souci. Pour se rapprocher de ses filles envoyées en
internat, leur mère a quitté son atelier d'artisanat. A
la grande ville, elle a essayé d'en refaire un, mais ça
ne marche pas. Elle vend des médicaments à la sauvette.
La fille rêve de payer un nouvel atelier à sa mère.
Elle en a parlé à sa « maman »,
elle fait la sourde oreille. Ils ont acheté plutôt une
2ème voiture, plus grande, en prévision des autres
enfants que le couple veut faire.
Si seulement...si seulement ce couple s'intéressait plus aux besoins des enfants qu'aux pressions normatives de part et d'autres. Il aurait réfléchi que l'argent des allocations familiales versées au mari par son employeur équivalait à plusieurs mois de salaire au pays. Il aurait pu avoir l'idée d'envoyer directement cet argent à la mère des filles, histoire de contourner ses frères voraces. Qu'avec cet argent, la mère pouvait assurer les frais de n'importe quelle scolarité des filles, les habiller comme des princesses , les vacciner contre tout, installer une source d'eau potable, etc. Peut-être bien ouvrir un commerce, avoir un meilleur statut et pourquoi pas, enfin, se marier et offrir ainsi un père aux filles. Peut-être que mon amie aurait pu avoir l'idée que si un homme ne s'est pas occupé de sa fille pendant 16 ans, y compris 3 en Suisse, c'est que ce monsieur n'avait pas la fibre paternelle très développée. Peut-être qu'il aurait été possible de discuter avec la mère de l'avenir des filles, notamment la plus grande, et faire un projet pour qu'elle reste un temps restreint en Europe, le temps d'acquérir une formation qui puisse lui être utile sur place, tenir compte de ses aspirations plutôt que de la faire passer pour 13 ans (au lieu de 17!). Il aurait fallu discuter plutôtqu'imposer. Prendre le temps de la réflexion. Si seulement...il aurait fallu..mais a-t-il seulement été un jour question de l'intérêt des enfants, dans cette histoire ? En sera-t-il jamais question ?
Ici aussi, il existe des
hommes qui se sont désintéressés de leurs
enfants. Trouverait-on légitime qu'ils en aient soudainement
la garde exclusive ? Pourrait-on imaginer que cela soit bénéfique
pour les enfants ? Pensez-y avant de donner votre accord. Exigez de
les voir en vacances avant plusieurs fois et de pouvoir discuter avec
la ou les mères. Et prenez votre temps. Tout votre temps. Il s'agit d'une forme d'adoption.
Donnez vous les moyens qu'elle réussisse et soyez sûre que cette option
est celle qui correspond à l'intérêt supérieur de l'enfant, pas au
vôtre ou celui de votre conjoint.
Et ne croyez pas les salades sur
le fait que les enfants africains seraient moins attachés à leur mère
que les européens. Même si toutes les femmes sont appelées "maman", ils
savent très bien qui est leur mère biologique et si c'est une personne
autre que la mère biologique qui tient le rôle de mère, ils n'y sont
pas moins attachés que les enfants adoptés à leur mère d'adoption,
qu'on se le dise ! L'adoption comme on la connaît en Europe est très
peu pratiquée en Afrique, mais cela ne veut pas dire que les parents de
coeur ne soient pas aussi important qu'ici. Autre salade : les enfants
sont élevés "collectivement". En fait, tous les adultes ont le droit
d'intervenir, comme gronder l'enfant, voire le taper, émettre un
jugement sur son comportement, lui demander un service, etc. Mais la
responsabilité d'élever l'enfant incombe à un seul couple et il s'agit
le plus souvent du père et de la mère biologiques de l'enfant. Ce qui
est vrai par contre, c'est que les grands enfants s'occupent beaucoup
de leurs petits frères et soeurs et que les enfants vivent beaucoup
dans des "groupes d'enfants". Un enfant arraché à ce groupe d'enfant
pour cause de migration peut donc en être très affecté, en tout cas
pour un temps.
25 mai 2005
post exotic
Dans les stats, une personne a fait la recherche : "questions à se poser avant le mariage".
Me vient à l'esprit UNE question fondamentale à se poser : est-ce que la personne étrangère vit son immigration comme la douleur de l'exil ? (NB : je rappelle ici que ce blog ne porte PAS sur tous les mariages mixtes - merci de vous référer à la rubrique "but du blog" et en particulier pas sur des personnes de religions ou de cultures différentes vivants depuis l'enfance dans le même pays).
Si l'immigré vit son immigration comme un douloureux exil, c'est à peu près sûr que le mariage va suivre un chemin très difficile, c'est du moins ce que je constate autour de moi. ça peut jouer si la personne du pays d'acceuil est prête à immigrer dans le pays de son conjoint et si l'immigré est prêt à reconnaître des qualités à son pays d'acceuil (même en cas de migration du couple dans le pays dont il vient).
Une des manières dont se défendent les immigrés malheureux (d'être loins de leurs propres enfants etc. ) d'une dépression profonde, c'est en dénigrant le pays d'acceuil, en ne lui reconnaissant aucun mérite autre que celui d'avoir une situation économique plus favorable. Même si on n'est pas le patriote fanatique de son pays et qu'il a beaucoup de défauts, je pense que peu de gens vont se sentir bien de s'entendre dire que leur culture à eux est égoïste, dépravée, sans valeur commune, qu'il n'y a aucun sens de la famille, etc. etc et que c'est 100 % la chance au hasard si la situation économique du pays est meilleure que celle du pays de l'autre. Quelques fois peut-être, mais à longueur de mois et d'années ?
Je pense qu'une des clés de la réussite de mon mariage, c'est que mon mari ne passe pas son temps à comparer les deux pays, qu'il s'intéresse réellement à mon histoire, la manière de vivre de ma famille et celle qu'avaient mes grands-parents, au système politique et économique, etc. Qu'il vit dans ce pays comme un citoyen et ce depuis que je le connais. Qu'il s'intéresse à ici et au reste du monde, à son pays d'origine et à son pays d'acceuil. Qu'il apprécie dans ma culture des trucs qui moi ne m'ont jamais intéressée (dont la littérature style Proust). Bref, que je ne ne suis pas la seule à me créer une nouvelle identité du fait de notre vie commune.
Enormément d'Africains rêvent d'Europe. Lui aussi, il s'était fait tout un mythe. Mais quand il a vu le gouffre entre son rêve et la réalité, il a continué à s'intéresser à cette réalité plutôt que fuir dans le rêve d'un retour rapide au pays. Cela dit je comprends tout à fait les gens qui ont ce rêve, surtout ceux qui ont des enfants restés au pays. Je ferais exactement pareil, je pense. Mon mari n'a pas encore d'enfant, c'est une grande différence.
16 mai 2005
culture commune de couple
Dans la vie, on a un modus vivendi. Si notre vie commune est possible, c'est qu'il s'est éloigné en partie de sa culture d'origine - et moi de même - (en fait, il avait déjà un point de vue personnel différent de sa culture d'origine sur des points capitals pour moi lorsque nous nous sommes rencontrés, comme le fait de refuser les châtiments physiques envers les enfants). Pourtant, lorsqu'il se retrouve dans un contexte où toutes les personnes sont de sa culture, il a tendance à "coller" complètement à sa culture et à écouter sans broncher, voire à soutenir en partie des points de vue dominants dans sa culture mais que je réprouve entièrement et que dans un contexte privé il ne défend pas.
A ces moments-là, je me sens totalement trahie, comme si notre couple n'existait pas, comme si nous n'avions pas, au fil du temps, développé une culture commune de couple.
J'ai réalisé ça récemment, les raisons de cette colère immense que je ressens dans ces cas-là. On en a parlé. Première étape vers la résolution de la difficulté : les seuls problèmes qu'on ne peut pas résoudre, c'est ceux qu'on ne nomme pas.