20 juin 2007
Sandrine est morte
Ma belle-soeur Sandrine est morte jeudi de la semaine surpassée à Yaoundé. Elle n'avait pas 25 ans. Elle a succombé à une maladie foudroyante, en 3 jours. Laquelle ? Peut-être la méningite (elle se plaignait d'un très fort mal de tête). On saura jamais parce qu'elle n'a jamais eu accès à des soins adéquats.
Je l'avais rencontrée en 2002. Sa mort demeure pour moi totalement abstraite. Je n'arrive pas à y croire.
13 janvier 2007
Intoxiqué
Noël. Repas de famille. Vapeurs d'alcool et confidences.
- Tu sais, au début je pensais vraiment que c'était un mariage arrangé. Bon, quand j'ai vu que vous aviez un bébé, j'ai vu que vous êtes une vraie famille.
- Un mariage arrangé ? Un mariage blanc, tu veux dire ?
- Oui, un arrangement financier. Un truc pour que tu paies moins d'impôts, quelque chose du genre.
- Ben non, je suis toujours aussi pauvre.
- Mmh ?
- Ben si il m'avait payée pour l'épouser, je me serais enrichie, non ?
Je ne lui en tiens pas rigueur. ça me touche plutôt, comme un gage de confiance. Il y a du courage à avouer en direct qu'on a pensé quelque chose d'assez moche.
J'en fais mention parce que ça m'étonne, cet aveuglement. Ce raisonnement en zigzag. En Suisse, jusqu'à l'heure actuelle, on paie plus d'impôts quand on est marié, pas moins. Et moi, cataloguée (extrême) gauche, je serais soudain si effrayée par l'impôt que j'organiserais tout un stratagème pour contourner le fisc ? Mais je gagnais même pas assez pour en payer, moi, des impôts !
Combien de temps cela a-t-il duré, cet absurde soupçon ? Combien de Noëls ? Combien d'évidences pour que la conclusion logique en découle ? Quelques baisers passionnés en public auraient-ils accéléré le processus ?
Et si nous nous étions séparés ? Et si nous n'avions pas eu d'enfant ?
Il n'est pas méchant, il n'est pas bête. Intoxiqué par la maladie du soupçon.
La difficulté avec la théorie du complot, c'est qu'il est impossible d'en démontrer raisonnablement l'inexistence. Si je dis "il n'y a pas de complot", c'est que j'en fais moi-même partie, c'est une preuve supplémentaire de son étendue et de sa dangerosité.
Il n'y a pas de preuve d'amour. On ne prouve pas à l'autre son amour, pas à jamais. S'efforcer de le prouver, c'est à coup sûr le perdre. On ne le prouve pas à l'autre, on ne le prouve pas à sa famille non plus. On ne peut que jouer à la comédie de l'amour. Qu'est-ce que ma famille voudrait que je fasse pour qu'elle soit rassurée quant à la véracité de notre amour ? Des baisers passionnés ? Un air joyeux en permanence ? Difficile dans ces conditions de rester authentique. Prouver à sa famille qu'on s'aime, voilà une quête qui a bien des chances de rester sans fin et d'éteindre des flammes qui pourtant étincelaient.
Le soupçon est une maladie. Il s'alimente de lui-même. Rien ne l'apaise.
Deux conclusions dès lors :
- vivons pour nous ce bonheur fragile
- n'oublions pas que le concept même de mariage blanc est empoisonné en son coeur par cette logique du soupçon
Sur ce, BONNE ANNEE 2007 !
13 avril 2006
quelle guigne !
Voilà ti pas que je suis allée chercher mon mari à l'autre bout du monde et que je me retrouve avec ma mère ! Même souci du quand-dira-t-on, de faire les choses "comme ça se fait" (a dit qui ?). Comme quoi le hasard est peu de choses.
20 juillet 2005
les bébés afro-européens
Je suis enceinte de six mois et je me porte bien. Je vous livre ici quelques remarques et observations pour faciliter la communication entre votre partenaire et vous dans cette période si particulière. (NB : ces remarques ne concernent pas tous les couples mixtes, cf. but du blog.).
Une affaire de femmes ?
Les 3 premiers mois de la
grossesse, c'est pas toujours facile, facile. Il y a une sorte
d'orage hormonal qui crée bien des désagréments,
le plus connu étant la nausée. Psychologiquement, c'est
aussi une période où il se passe des choses, comme
notamment un changement dans sa relation à sa propre mère,
des questions qu'on se pose sur quelle genre de mère on sera,
etc. Chacune le vit à sa manière. Personnellement, je
m'attendais à ce que mon mari soit mon soutien numéro
un. Lui n'était pas au courant que je pensais avoir besoin de
son soutien, ni qu'il était en mesure d'en apporter un.
Pour
lui, la grossesse était une affaire de femmes, gérée
par les femmes qui se soutiennent entre elles. C'est le modèle
qu'il a connu en Afrique. Les gens de sa génération
viennent encore de familles très nombreuses, où la
polygamie est 10 X plus fréquente que maintenant. Résultat
: il est rare qu'une femme ne puisse pas compter sur une armada de
femmes ayant déjà été enceintes
(cousines, soeurs, belles-soeurs) et à même de la
conseiller et elles ont aussi souvent le souvenir de certaines des
grossesses de leur mère ou d'une autre femme de leur père.
Très souvent, elles ont aidé ces femmes, gardés
les frères et soeurs plus jeunes, etc. Rien à voir avec
la situation européenne. Je n'ai qu'une cousine qui ait déjà
accouché. Aucune de mes amies n'a encore eu d'enfants. Je peux
compter sur le soutien de mes parents, mais ils font attention de ne
pas trop se mêler, histoire de ne pas empiéter sur notre
vie de couple. Parce que la grossesse est considérée
par eux avant tout comme une expérience intime de la vie d'un
couple.
Au début de la grossesse donc, je me suis
retrouvée assez isolée. Une grande « discussion »
avec mon mari plus tard, il a accepté de jouer le rôle
que j'attendais de lui. Il a été très surpris de
ce que je lui ai dit. Il n'était pas de mauvaise volonté,
il ne s'attendait simplement pas du tout à avoir une place
aussi centrale pour moi.
Je pense que tout homme peut être
d'un grand soutien pendant la grossesse de sa femme. Et en
particulier les hommes africains. Comme je l'ai mentionné
ailleurs, il est rare que les immigrés n'aient pas déjà
eu des enfants, même s'ils sont jeunes. Donc les connaissances
qu'ils ont des changements induits par la grossesse sont bien souvent
importantes. Sans compter que eux aussi ont été témoins
des nombreuses grossesses de leur entourage et qu'ils se sont aussi
très souvent occupés de leurs frères et
soeurs. Ils leur ont souvent procuré de nombreux soins
(changer les couches, bercer, porter sur le dos, etc.).et ont de ce
fait des notions de puériculture beaucoup plus importantes que
l'homme européen moyen. J'ai l'impression qu'il y a aussi
moins d'inquiétude sur la crainte d'être « dépassé »
par le nouveau-né, de ne pas savoir s'en occuper. Je sens mon
mari très sûr de lui et ça se comprend : à
neuf ans, il était la personne qui s'occupait principalement
d'un de ses petits frères, qu'il trimballait sur son dos à
longueurs de journées, changeait etc. Ce qu'il a réussi
alors, pourquoi n'y parviendrait-il plus maintenant ?
Dans sa culture, l'accouchement aussi est considéré comme une affaire de femmes. Conséquence principale : les maris n'assistent pas à l'accouchement, dans leur très grande majorité. En Europe, c'est exactement l'inverse. A discuter ;-) !!! Mais peut-être pas trop. J'ai lu à différentes reprises que le fait de voir leur femme accoucher perturbait la libido de pas mal d'hommes européens, qui ont bien du mal à reprendre leur vie conjugale sur ce plan par la suite. Ça fait réfléchir, non ;-) ?
Le bébé, on en parle ?
Mon bébé est
un bébé désiré par nous 2. Quelle ne fût pas
ma surprise quand, au cours des trois premiers mois, mon mari
« refusait » d'en parler ! Il ne voulait
subitement plus entrer dans aucune discussion sur le choix du prénom,
ni sur notre future vie avec l'enfant, ni manifester trop ouvertement
sa joie. A mes parents qui se lançaient dans des discussions
enthousiastes sur l'avenir, il répondait à peine et
toujours très vaguement. Eux aussi étaient surpris et
sans doute plus que ça, même s'ils ne me l'ont pas dit.
Son attitude a changé du tout au tout une fois les trois mois
fatidiques écoulés. Dans sa culture, la femme dit être
« enceinte » à partir du 4ème
mois. Avant, elle ne parle que de « retard ».
Dans l'obstination de mon mari à ne pas parler avant, il y
avait comme une crainte - comme si en en parlant, cela pouvait nuire
à l'enfant, le faire cesser d'exister.
Dans le même ordre
d'idée, mon mari refuse absolument d'évoquer tout
événement malheureux qui pourrait survenir durant cette
grossesse. Il se fâche carrément. Impossible d'aborder
la question de l'annonce d'un handicap ou d'un accouchement très
prématuré. Même quand j'ai dit que je voulais
déjà préparer l'appartement parce que ça
arrive qu'on doive passer la fin de la grossesse couchée, il
s'est énervé à l'évocation de cette
possibilité. Une fois que je lui ai dit que cette éventualité
était assez fréquente ici et ne portait pas à
conséquence, il s'est calmé. Je ne suis pas trop
étonnée par cette réaction, c'est le fameux « il
ne faut pas peindre le diable sur le mur de la maison » -
l'idée étant que parler d'un malheur a en quelque sorte
le pouvoir de faire se produire le malheur en question, une croyance
très fréquente là aussi dans sa culture. (Les
mots en eux-mêmes peuvent être porteurs d'une puissance
magique. Très courant dans toutes les cultures qui croient à
la malediction, mais aussi chez les protestants évangéliques
qui pensent que tout ce qui est dit « au nom de Jésus »
acquiert automatiquement une puissance, une capacité à
se réaliser). Comme jusqu'à présent, tout va
bien pour le foetus, ça ne me pose pas trop de problème.
Je regrette néanmoins de ne pas avoir prévu sa
réaction, parce que dans ce cas, j'aurais discuté de ça
avec lui avant d'être enceinte.
(NB : j'avais quand même
eu peu abordé la question de l'enfant handicapé avec
lui et ma belle-soeur M. J'avais alors appris que le handicap n'était
pas considéré comme un événement naturel
auquel on ne peut rien, mais comme la conséquence de trop
fréquentes disputes dans le couple parental durant la
grossesse : la dysharmonie du corps de l'enfant comme le miroir de la
dysharmonie entre les parents. A peu près la même
croyance donc, que celle qui a prévalu en jusqu'à peu
dans le monde judéo-chrétien: le handicap de l'enfant
qui « trahit » le « pêché »
d'un ou des deux parents. Mais bon, c'est pas parce qu'une croyance
est commune à deux cultures + très vieille qu'elle ne
pose pas de sérieux problèmes ! Non seulement elle est
très culpabilisante pour les parents, mais elle crée
aussi des difficultés avec la famille élargie qui
soutient sans doute moins un couple accusé d'avoir créé
son propre malheur. Cela dit, beaucoup d'Africains immigrés de
ma connaissance ont très peu été à
l'école. Ma belle-soeur, par exemple, n'avait aucune
connaissance de l'existence de maladies génétiques ni
des conséquences des accouchements qui se passent mal.
Retrospectivement, ça l'avait pas mal rassurée de
l'apprendre et d'attribuer à une cause nouvelle le handicap
d'un de ses neveux.)
Juste après la naissance
Là aussi, mieux vaut
se renseigner sur les habitudes culturelles de l'autre. Dans la
culture de mon mari par exemple, un grand amour des purges pour les
nouveaux-nés et les jeunes enfants, pratiquées au moyen
de plantes médicinales traditionnelles ! Disons que
personnellement, je ne suis pas fan ;-). Je veux par contre bien
prendre les autres aspects : manucure, épilation, coiffure,
nouvelles robes et literie pour l'accouchée ! Très peu
pour moi par contre, les pratiques pour faire « diminuer »
le ventre en frappant fort dessus avec un linge ou un balais mouillé
! 1) ça fait mal, 2) c'est pas efficace.
Une habitude méga
répandue en Afrique : une femme – le plus souvent déjà
mère elle-même - vient s'installer au domicile de la
femme qui a accouché et y reste environ un mois. Je connais
une femme européenne qui a très mal réagi à
la proposition de son mari africain de faire venir une connaissance à
lui. Comment ? Une intrue sous son toit au moment où elle
avait le plus besoin d'intimité ! et pourquoi faire, lui
piquer son mari ! A peine elle a accouché et déjà
il pense à la tromper ! En fait, ses craintes étaient
sans doute sans fondement et la proposition de son mari très
ordinaire. Alors que les femmes européennes se retrouvent très
souvent seules avec leur bébé 3 jours après
l'accouchement, la femme africaine est beaucoup plus entourée.
Le ménage ? Ce n'est pas elle qui s'en occupe mais la ou même
des fois les femmes spécialement dépêchées
pour ça. La pile de langes à laver (les couches sont
souvent bien trop chères) ? Pas elle non plus. Elle n'a qu'une
tâche : allaiter son bébé. Or une femme reposée
allaite beaucoup mieux qu'une autre (c'est très rare dans ces
conditions qu'elle n'ait pas assez de lait, etc. ). Bref, moi
j'accepterais volontiers une telle proposition. D'autant plus qu'il
est bien connu que ce n'est pas directement après
l'accouchement qu'on aura le plus envie d'intimité sexuelle
avec son mari et que si mon mari me trompe, toute femme est suspecte
(attention aux voleuses de mari o !).
De manière générale, je suis d'avis que la culture africaine en ce domaine correspond beaucoup mieux aux besoins de la femme après l'accouchement.
Quelques jours après l'accouchement, la femme connaît une chute
hormonale et se sent souvent très désemparée, exténuée et parfois
triste suite à tous ces bouleversements. Or en Europe, à ce moment là,
le mari est reparti au travail, la grand-mère aussi et la femme est
censée s'occuper seule du ménage, de la nourriture, du bébé, de
l'allaitement etc. ! Bref, toutes les conditions sont réunies pour que
le lien précoce mère-enfant se passe mal ! Heureusement, grâce au
courage des femmes, ça s'arrange le plus souvent en quelques jours ou
semaines. Mais je trouve que c'est beaucoup de souffrance pour rien de
part et d'autre.
Circoncision/excision
cf. post de juillet 2004. Excision : strictement
interdite
et attention aux voyages dans la famille – l'excision
peut se pratiquer à tout âge et c'est donc à tout
âge que les filles et les adolescentes non excisées sont
menacées de l'être ! Se rappeler que les femmes ne sont
pas les moins âpres à défendre cette pratique
mutilante et que les excisions sont le plus souvent pratiquées
par des femmes. A ma connaissance, aucune population de religion
chrétienne ne pratique actuellement l'excision (ça s'est fait aux USA
au 19ème siècle...). Pour savoir quels sont les pays les plus concernés par la pratique de l'excision, cf. ici (2ème partie du post + surtout les commentaires).
Circoncision : elle aussi
peut se pratiquer à tout âge. Très répandue
y compris dans les populations chrétiennes. La circoncision
doit obligatoirement se pratiquer à l'hôpital. Si vous
ne faites par circoncire votre fils, faites attention à la
propreté de son prépuce (à laver à chaque
bain du bébé). Il n'y a pas plus de problèmes
urinaires chez les garçons non circoncis pour autant que
ceux-ci aient une bonne hygiène intime.
28 juin 2005
les enfants de l'autre
A brève échéance, c'est donc la construction d'une famille recomposée qui se produit. Avec les difficultés et les bonheurs, qui, je l'imagine, caractérisent toute famille recomposée.
Des familles de ce type, j'en connais des heureuses. Le mari européen dans la quarantaine voit son rêve de vie de famille se réaliser, lui qui, pour des raisons x ou y, a tardé à en avoir. Il ne fait pas de différence entre les enfants du premier lit et ceux qu'il a peut-être avec sa femme africaine. Bref, il est le père. Les enfants manifestent un désir forcené de s'intégrer (je le constate, c'est tout, pas de jugement de ma part). Ils ont envie de visiter Paris, préféreraient aller à la mer qu'au pays, ne savent plus danser (au désespoir des parents africains, qui mettent un max de pression et se plaignent de ces enfants devenus « blancs » si rapidement). Les années de séparation entre le moment de l'immigration du parent et celle de l'enfant ont laissé des traces, les mères constatent douloureusement que l'enfant s'est comme un peu détaché d'elle, qu'elles-mêmes ont perdu un peu de leur spontanéité, mais pas toutes et pas toutes durablement. Quoiqu'il en soit, elles ne regrettent pas leur choix, les enfants vivent dans l'insouciance, ils vont à l'école, ils ont des copains, ils sont ici comme si ils y étaient nés, éloignés à jamais de la malaria et de la malnutrition. Le mari les emmène skier, leur apprend à nager, fait des courses de montagne avec eux. Lui aussi est fier d'eux.
Et puis j'en connais des catastrophiques. Où le mari est vieux et n'a aucune envie de jouer le rôle de père. Il a déjà donné. Il vit l'arrivée des enfants comme une invasion intolérable de son territoire. Sans compter que les enfants pourraient être ses petits-enfants, ce qui redouble le mécontentement des siens, d'enfants, qui voudraient le voir jouer un rôle de grand-père. Où le mari est par bien des traits un enfant lui-même, il veut sa femme pour lui tout seul, qu'il soit sa seule préoccupation, tout au moins en apparence. Devoir jouer un rôle d'adulte, il en est peu capable. Le plus souvent, dans ce type de cas, le mari demande assez rapidement le divorce, et c'est tant mieux tant l'air est irrespirable dans ces foyers.
Et que se passe-t-il lorsque
c'est l'homme qui est africain ? Dans mon entourage, la situation est
un peu différente lorsque c'est l'homme qui est africain parce
que, généralement, c'est un enfant d'une relation « en
passant » et que l'homme n'a jamais vécu avec le ou
les enfants (il s'agit alors généralement des enfants
de femmes différentes- ils vivent avec elle ou dans sa famille à elle si elle est décédée). Il a peut-être pris en charge
une partie des frais liés à cet enfant, peut-être
a-t-il une relation personnelle avec l'enfant, mais pas forcément.
L'enfant n'est généralement pas la cause première
de la migration. La cause première, c'est que cet homme n'a
pas trouvé sa place, pas de travail, pas de logement à
lui, il squatte sur le canapé chez un de ses frères et
c'est dans l'espoir de gagner de l'argent et fonder à son tour
un foyer qu'il est parti en Europe.
L'idée de « faire
monter » l'enfant en Europe est souvent présente,
mais à des degrés divers. Et c'est en fait pour ça
que j'écris ce post, parce que je suis tellement écoeurée
du malheur que je vois dans le foyer d'un couple où les
enfants du mari sont « montés » sans que
n'ait été préalablement analysée en
profondeur la situation. Voici l'histoire. J'espère qu'il s'agit d'un cas isolé.
Le mari a 3 filles de deux mères
différentes. Une des mères, celle qui a les deux filles
aînées, aurait beaucoup voulu avoir le droit de garde
des filles. Mais vivant dans une société fortement
patriarcale, elle ne l'a jamais obtenu. C'est le grand-père
paternel qui a continuellement décidé du sort des
enfants, dans un souci très relatif de leur bien-être.
Quand mon amie s'est mariée, les filles vivaient chez ce
grand-père, qui se faisait passer pour leur père
(situation très anormale, même dans cette culture). Le
mari ne parlait jamais de ses filles, nous ignorions qu'il en même
qu'il en avait (là aussi, très bizarre, les pères
africains aiment autant parler de leurs enfants que les autres). Le
mari ne téléphonait pas non plus à ses filles,
bien qu'il dépensait plusieurs centaines d'euros en téléphone
avec sa famille. Mais la situation faisait « tache »
: ses amis ne comprenaient pas pourquoi il ne se précipitait
pas pour faire venir ses filles, leur église non plus. Il
semblait indispensable que ses filles vivent avec lui, fortement
injuste qu'elles ne puissent pas profiter de la « chance »
de vivre en Europe. Elles sont arrivées en juillet dernier. A
leur arrivée, elles ont pu téléphoner à
leur mère et puis.... plus rien, aucune proposition de faire
acheminer une lettre ou de téléphoner. Elles n'avaient
qu'à comprendre que leur belle-mère était
dorénavant leur « mère »,
qu'elles devaient l'appeler « maman » et ce
n'était pas censé poser le moindre problème
« c'est comme ça en en Afrique ». Mais
ça en a posé, et ça continue, dans une spirale
infernale. Les filles ont pris du poids, beaucoup de poids, 10 kg en
un mois. Elles ne l'ont pas reperdu. A l'école, elles n'ont
rien appris, un blocage complet, les deux aînées sont en
échec scolaire massif . Leur désir : retourner au
pays, vivre avec leur mère (la vraie !). Elles l'ont demandé
à leur père. Il refuse. Elles dépriment. Elles
écoutent la musique du pays à plein tube, dorment,
regardent la télé.La moyenne a un visage tellement
sérieux et des yeux si tristes. L'aînée économise
chaque centime de son argent de poche et le fait parvenir à sa
mère lorsqu'un compatriote se rend au pays. Elle se fait sans
doute du souci. Pour se rapprocher de ses filles envoyées en
internat, leur mère a quitté son atelier d'artisanat. A
la grande ville, elle a essayé d'en refaire un, mais ça
ne marche pas. Elle vend des médicaments à la sauvette.
La fille rêve de payer un nouvel atelier à sa mère.
Elle en a parlé à sa « maman »,
elle fait la sourde oreille. Ils ont acheté plutôt une
2ème voiture, plus grande, en prévision des autres
enfants que le couple veut faire.
Si seulement...si seulement ce couple s'intéressait plus aux besoins des enfants qu'aux pressions normatives de part et d'autres. Il aurait réfléchi que l'argent des allocations familiales versées au mari par son employeur équivalait à plusieurs mois de salaire au pays. Il aurait pu avoir l'idée d'envoyer directement cet argent à la mère des filles, histoire de contourner ses frères voraces. Qu'avec cet argent, la mère pouvait assurer les frais de n'importe quelle scolarité des filles, les habiller comme des princesses , les vacciner contre tout, installer une source d'eau potable, etc. Peut-être bien ouvrir un commerce, avoir un meilleur statut et pourquoi pas, enfin, se marier et offrir ainsi un père aux filles. Peut-être que mon amie aurait pu avoir l'idée que si un homme ne s'est pas occupé de sa fille pendant 16 ans, y compris 3 en Suisse, c'est que ce monsieur n'avait pas la fibre paternelle très développée. Peut-être qu'il aurait été possible de discuter avec la mère de l'avenir des filles, notamment la plus grande, et faire un projet pour qu'elle reste un temps restreint en Europe, le temps d'acquérir une formation qui puisse lui être utile sur place, tenir compte de ses aspirations plutôt que de la faire passer pour 13 ans (au lieu de 17!). Il aurait fallu discuter plutôtqu'imposer. Prendre le temps de la réflexion. Si seulement...il aurait fallu..mais a-t-il seulement été un jour question de l'intérêt des enfants, dans cette histoire ? En sera-t-il jamais question ?
Ici aussi, il existe des
hommes qui se sont désintéressés de leurs
enfants. Trouverait-on légitime qu'ils en aient soudainement
la garde exclusive ? Pourrait-on imaginer que cela soit bénéfique
pour les enfants ? Pensez-y avant de donner votre accord. Exigez de
les voir en vacances avant plusieurs fois et de pouvoir discuter avec
la ou les mères. Et prenez votre temps. Tout votre temps. Il s'agit d'une forme d'adoption.
Donnez vous les moyens qu'elle réussisse et soyez sûre que cette option
est celle qui correspond à l'intérêt supérieur de l'enfant, pas au
vôtre ou celui de votre conjoint.
Et ne croyez pas les salades sur
le fait que les enfants africains seraient moins attachés à leur mère
que les européens. Même si toutes les femmes sont appelées "maman", ils
savent très bien qui est leur mère biologique et si c'est une personne
autre que la mère biologique qui tient le rôle de mère, ils n'y sont
pas moins attachés que les enfants adoptés à leur mère d'adoption,
qu'on se le dise ! L'adoption comme on la connaît en Europe est très
peu pratiquée en Afrique, mais cela ne veut pas dire que les parents de
coeur ne soient pas aussi important qu'ici. Autre salade : les enfants
sont élevés "collectivement". En fait, tous les adultes ont le droit
d'intervenir, comme gronder l'enfant, voire le taper, émettre un
jugement sur son comportement, lui demander un service, etc. Mais la
responsabilité d'élever l'enfant incombe à un seul couple et il s'agit
le plus souvent du père et de la mère biologiques de l'enfant. Ce qui
est vrai par contre, c'est que les grands enfants s'occupent beaucoup
de leurs petits frères et soeurs et que les enfants vivent beaucoup
dans des "groupes d'enfants". Un enfant arraché à ce groupe d'enfant
pour cause de migration peut donc en être très affecté, en tout cas
pour un temps.
07 février 2005
Métis : SUR ou ENTRE deux cultures ?
Bingo je me suis dit et des anxiétés stupides se sont envolées. SUR deux cultures, quelle bonne idée. Que n'y avais-je songé plus tôt ? Sans doute le fruit des antagonismes raciaux, de cette longue et cruelle histoire de haine et d'exploitation.
Dans ma vie, l'appartenance que je m'attribue n'est pas toujours celle de ma peau. Si je suis la seule blanche quelque part, la plupart du temps, je me dit "on est entre Africains" et pas "je suis la seule Européenne". ça m'arrive de dire des trucs comme "il faut faire des desserts pour les blancs", les blancs ils ont l'habitude d'un dessert" sans me sentir concernée par cette appellation. Avant mon mariage, je ne disais jamais "les blancs", maintenant si. Des fois, je profite un peu de ma position, je parle de sexe et notamment de liberté sexuelle....féminine pour une fois. Comme je suis blanche, on me "pardonne" et ça fait rigoler tout le monde (mais je ne dirais jamais des trucs du genre en présence de mon mari, ce serait la honte totale pour lui). Comme blanche, je peux aussi plus facilement discuter avec des hommes et leur asséner mes points de vue sans qu'on me juge mal. Des fois je sers d'intermédiaire entre les deux mondes, on me demande des explications sur les étrangetés des blancs. (NB : le contexte suisse n'a rien à voir avec d'autres contextes européens. Ici, il n'y a quasiment aucun adulte africain qui soit arrivé en Europe avant l'âge adulte).
En privé, nos parcours personnels si différents aboutissent souvent à des heurts (ça dépend, c'est tout par période). En société, non. On s'adapte au moule de la culture qui domine dans le contexte en question, sans grand problème parce qu'avec le temps on maîtrise de plus en plus les codes de la culture de l'autre. Je vois pas pourquoi ces passages poseraient plus de problème à un enfant amené à les pratiquer dès la naissance.
En ce qui concerne l'identité sociale, les problèmes surviennent s'il existe un racisme ambiant. Mais alors le racisme touche toute la famille, y compris la personne blanche, accusée de « trahir sa race », d'être « une pute qui couche avec les Noirs » etc. (Heureusement, cette problématique de la « trahison » raciale est peu présente en Suisse). La discrimination à l'embauche, ça touche aussi toute la famille (diminution du revenu disponible, etc.) et aussi toute personne pas 100 % occidentale et le métissage n'y est pour rien.
En ce qui concerne l'identité personnelle, je pense que la mixité culturelle ne pose problème que si on s'obstine à voir le monde en blanc et noir et non en multicolore. Or comme dit MICHEL ONFRAY, « penser en termes dichotomiques, c'est le meilleur moyen de ne pas penser ». Le réel est presque toujours plus complexe, les possibiités multiples. Je suis convaincue que la « blancheur » tout comme la « négritude » n'ont aucune réalité si elles sont extirpées des contextes sociaux, culturels, historiques et économiques qui leur impriment une signification. La manière dont ma grand-mère anglaise appréhendait son identité raciale n'a rien à voir avec la mienne. Et pour cause. Elle est née et a vécu une bonne partie de sa vie à l'époque de la splendeur coloniale britannique, du temps où la mappemonde était couverte de « pink bits », i.e les possessions coloniales. Mon père est lui un pacifiste convaincu, né en 1939 à Londres, de ceux qui ont manifesté contre la guerre du Vietnam. On allait à des manifestations de soutien aux migrants organisées par l'église. Enfant, j'étais à chaque fois incrédule quand une loi xénophobe passait. Je n'ai rien à voir avec son mépris des « Pakis ». Sa blancheur n'est pas ma blancheur.
Du simple fait de l'immigration, la vision du monde bouge. J'ai des connaissances qui considèrent que leur foi chrétienne militante est la conséquence de la supériorité morale des Africains, de leur sens «naturel » du partage et de la solidarité. A minima, pour beaucoup, il est impossible d'être athée sans « renier sa culture », « devenir blanc ». Cette conception n'a pas empêché mon mari de se demander, à l'instar de Mongo BETI, dans quelles circonstances ses grands-parents avaient été évangélisés et si la perte des rites ancestraux n'était pas une perte très regrettable. Cette interrogation est née, entre autres, d'expositions de type éthnographique où des objets qu'il avait toujours cru « sans valeur » étaient l'objet d'une mise en scène élaborée dans des musées européens ; de reportages sur des populations « primitives » hésitant entre conversion au christianisme ou visite en ville chez le médecin pour soigner une douleur, essayant d'évaluer l'efficacité des divinités respectives et l'impact sur leur mode de vie de ces évolutions.
Son identité « raciale », on peut se la construire au fil des expériences, des rencontres humaines etc. Connaître ses racines n'implique pas une fidélité à toute épreuve aux modes de faire et de penser de ses aïeux (Ouf, parce que question sexe, je crois que mes mémés étaient plutôt coincées et que ce n'est qu'à la génération de ma mère que..bon, je m'égare..) Au Cameroun, l'affaire est réglée : si vous êtes métis, vous êtes blanc. En Europe, c'est le contraire, vous n'êtes PAS blanc si vos deux parents ne sont pas blancs. C'est simple et carré. Aux enfants que j'espère avoir, je recommenderai de répondre à toute question quand à leur identité raciale « réelle » : « Tout à fait. Si c'est ce que vous pensez » et de ne jamais accepter d'entrer dans le débat. De préserver leur énergie pour créer leur identité, leur manière de vivre, de décider quels amis isl veulent avoir, décider de leurs valeurs etc. Bref, choisir la course qu'ils veulent courir au lieu de se trouver embarqués dans une course dont ils n'ont pas pris le départ. (une métaphore de Théo). Préserver sa LIBERTE, la MOBILITE DE SON IDENTITE.
31 janvier 2005
Critiqué par sa belle-mère !
Mon mari s'est fait critiquer par ma mère pour une question .....de ménage et elle lui a fait les éloges du féminisme ! Quand on vous dit qu'on souffre dans les mariages mixtes ! ;-) !!
Le contexte : j'avais invité mes parents à manger. Tout était prêt sauf
le riz et le poisson et j'ai complètement raté le riz. J'ai alors
demandé à mon mari d'en refaire, ce qu'il a fait. Comme il est habituel
chez nous, ce "manquementt" n'a pas suscité de remarqué négative de mes
parents. Pas plus que ça ne les a surpris que je leur demande des
conseils sur comment griller le poisson (je l'avais payé cher et je
voulais pas me louper). Bon, le repas continue (avec un superbe gâteau
au chocolat, une recette Weight Watchers que j'avais modifiée pour la
rendre comestible). Donc entrée, plat puis dessert. Et puis café. Là,
c'est mon mari qui se propose de le faire. Il le prépare et le sert.
Puis propose du lait et jette la bouteiille PET à la poubelle. Ce geste
malheureux lui vaut les foudres de ma mère. Pas les foudres vraiment,
mais des commentaires vifs sur la nécessité du recyclage. Lui ne savait
pas que ça pouvait se récupérer vu que je ne le récupére pas moi-même.
Il le dit à ma mère mais elle n'en démord pas : c'est à lui qu'elle
veut expliquer les vertus du recyclage vu que c'est lui qui a jeté la
bouteille. Il lui dit : si elle le fait une fois, je le ferai 999
fois. Mais ma mère persiste et continue de ne pas me faire la
moindre remontrance. Il persiste. Elle persiste. Puis il dit que
dans sa culture, c'est pas l'affaiire des hommes, le ménage et qu'elle
pourrait bien me faire des remarques, à moi . Mais ma mère, qui est au
moins aussi têtue que moi, ne se laisse en rien démonter et se lance
dans une grande explication du féminisme et de ses avantages., y
compris pour l'homme.
Le point positif, c'est que comme ça, il comprend d'où je tiens mes
idées. Le point négatif c'est qu'il voudrait que je demande à ma mère
de ne plus lui faire de remarque devant une femme (i.e moi et elle), ce
qui je peux faire mais qui va créer l'idée chez ma mère que je vis avec
un homme décidément peu convenable pour moi. Or elle avait enfin
(4 ans plus tard) compris qu'il était un homme intéressant et bon pour
moi. ... Vu de l'extérieur, ce qui est un peu surprenant, c'est que mon
père qui cuisine souvent, recycle le papier, le PET etc et fait TRES
souvent du café, a toujours été ravi d'avoir des filles et ous a élevée
de manière à ce que nous soyions persuadées ma soeur et moi de n'avoir
AUCUNE RAISON de servir un homme n'a pas ouvert la bouche pendant tout
l'échange. ça m'aiderait s'il en plaçait une de temps à autre.
19 octobre 2004
Bilinguisme dès le berceau : persistez
Le bilinguisme précoce, c'est utile, donc, très utile. Mais aussi valorisant pour l'enfant : valorisant de savoir quelque chose que ses petits copains ne savent pas et valorisant aussi de pouvoir parler au téléphone avec la grand-mère et les compatriotes. Et même si vous êtes la seule et unique personne qui parlez une langue du fin fond de l'Afrique, ça vaut la peine si vous en avez le désir de transmettre cette langue à votre enfant : à ses yeux, vous êtes une personne absolument unique et formidable et ça lui fait plaisir de pouvoir converser avec vous dans cette langue. Il se sent valorisé qu'il compte assez à ses yeux pour que vous lui transmettiez le secret de cette langue étrange que vous savez.
Pour ceux qui en douteraient encore, sachez qu'en Afrique, le bilinguisme (et souvent plus, trilinguisme ou quadrilinguisme) est quelque chose de très très courant. A minima, l'immense majorité des gens connaissent "leur langue" (i.e la langue de leur peuple/ethnie + la langue de l'ex-colonie) et très souvent ils en connaissent encore une ou deux d'autres ethnies parce qu'ils vivent en ville et ont eu à cotoyer des gens d'un autre groupe qu'eux. Mon mari, bien qu'il soit parti très tôt de l'école, connaît 2 langues bantoues différentes + le français + un pidgin (créole) anglais + il baragouine l'anglais et le comprend bien (il suit les nouvelles à la BBC, ce qui demande un bon niveau) et il arrive aussi à comprendre grosso modo de quoi les gens parlent dans encore une autre langue bantoue. Et son cas n'est de loin pas isolé. Demandez-le à votre femme de ménage, au chauffeur de bus et à l'employé de la voirie : vous risquez d'être surpris.
Bon, on ne va pas non plus ce prendre la tête avec ça. Que chaque suive son envie, c'est plus agréable, non ? Parce que si pour une raison qui ne tient qu'à vous, vous n'avez pas vraiment envie de parler dans votre langue à votre enfant, l'enfant, il va le sentir et je pense pas que ça va lui faire du bien. Il risque de percevoir ce déplaisir et croire que ça ne vous fait pas plaisir de lui parler, à lui en tant que personne. En tout cas j'emets cette hypothèse.
26 septembre 2004
polygamie bamiléké de l'intérieur
J'apprends plein de trucs avec ma belle-famille en Suisse. Alors que je lui demandais si tout les chefs de village bamiléké étaient polygames, il m'a répondu par l'affirmative, m'expliquant que même si un chef voulait être monogame, c'était impossible dans la mesure où il "hérite" automatiquement de toutes les épouses du chef précédent. Or ces femmes, m'a-t-il expliqué, ont le droit d'exiger d'avoir des relations sexuelles avec leur mari. Si celui-ci n'en a pas envie, il y a un rite spécial qu'il peut faire et une fois ce rite accompli, on considère qu'il a effectivement eu une relation sexuelle. Seulement la femme a le droit de s'opposer à ce qu'il accomplisse ce rite. Je lui parle alors d'un ami dont le père a 27 ans. ça ne l'impressionne pas outre mesure : il y a des chefs qui ont 60 femmes et plus de 200 enfants. Alors je calcule et je dis : "mais ça veut dire que la femme elle couche avec son mari une fois tous les deux mois !" "Et encore !"qu'il me répond, "il n'a aucune obligation d'avoir des relations sexuelles tous les jours". Naïve, je dis :"Mais comment elles font, pour tomber enceinte alors ? Elles doivent faire très attention au moment où elles sont fertiles". Alors malicieusement, le cousin de me glisser que la fidélité des épouses du chef est toute relative ; pour qu'un enfant soit déclaré comme étant un enfant du chef, il suffit qu'il soit né dans la chefferie. Une seule règle à suivre : ne pas se faire pincer en train d'accomplir l'acte sexuel avec un autre homme. Dans ce cas, le chef est en droit d'exclure la femme de la chefferie. "Mais qu'est-ce qui se passe alors pour cette femme ? " "Rien de spécial, elle se remarie avec un homme du village ou alors elle va en ville où elle peut se remarier sans problème".
Au vu de ce qui précède, je me dis que les femmes dans un foyer polygame sont d'autant plus heureuses que leur époux a un grand nombre de femmes. Se faire la guerre à deux, la galère. Une relation par mois avec son "mari" et se choisir ses amants, un sort plus enviable.
26 juillet 2004
dîners en famille (la vôtre)
Présentez son cher et tendre à sa famille, un beau jour, ça va vous arriver. Vite, si vous respectez cet homme qui ne comprendrait pas d'être tenu à l'écart. Et là, que dire ? c'est pas toujours très évident, cette première rencontre. Mine de rien, en quelques semaines, vous avez changé, certains de vos points de vue, certaines de vos valeurs sont devenues plus africaines. Vous vous êtes habituée à certaines étrangetés. Votre famille, non, elle n'a pas bougé d'un pouce. Soit elle est franchement hostile et bon, ma foi, vous n'allez pas revenir souvent à deux à ce genre de réunion. Soit elle est plutôt bien disposée et très ...curieuse. Elle a envie, en tout cas la mienne avait très envie, de faire le point, de se faire une cartographie des différences culturelles, bref, de voyager depuis son salon. De voir en quoi cette personne africaine est semblable ou dissemblable à nous.
Le risque dès lors, c'est que la discussion s'engage en termes de "nous" et "vous". Or ces termes, ça va attiser toutes les différences. Votre amoureux va se sentir obligé de défendre bec et ongle sa culture, sa famille, son pays pour prouver qu'il est digne de devenir leur beau-fils. ça peut donner des horreurs du genre ma culture est bien supérieure à la vôtre et c'est pour ça que je vais rendre votre fille beaucoup plus heureuse que si elle était restée avec un Blanc. (ouf, ce n'est pas à moi que c'est arrivé). Sans aller jusque là, votre amoureux va peut-être se mettre à défendre des points de vue très rétrogrades sur le mariage, la répartition des rôles entre hommes et femmes, voire même soutenir la polygamie. Vous, vous êtes là, attérée : mais il parle jamais comme ça avec moi ! (Ben non, vu que quand il parle avec vous il défend ses points de vue personnels, ce qu'il est lui, pas le mariage de ses parents et l'éducation que des parents ont donnée à ses soeurs. La polygamie pour lui-même ? Il n'y a jamais pensé, c'est archi vieux-jeu. Sa fille ? Il voudrait qu'elle fasse les meilleures études possibles, qu'elle utilise une contraception digne de ce nom et non, il ne voudrait pas qu'elle se marie avant 25 ans.)
Que faire pour éviter ces désagréments ? Laisser le temps faire les choses (à un moment donné, votre famille va bien finir par se lasser et considérera qu'elle en sait assez sur l'africanité de votre amoureux, elle va commencé à s'intéresser à ce que lui veut faire de sa vie et quel avenir il envisage avec vous). Négocier avec votre mari + votre famille des sujets qu'on n'aborde pas ou en tant cas sur lesquels on insiste pas trop vu qu'on sera jamais d'accord, en insistant sur le fait que vous, votre avis, il est "au milieu". Bien sûr, vous pouvez ne pas négocier, mais mon expérience personnelle, c'est que tant que vos proches ne réalisent pas que cette situation vous fait souffrir, elle se reproduit tant et plus.
Négocier, c'est aussi le signe qu'on ne cherche pas à faire accepter son compagnon par sa famille. On assume ses choix comme une adulte et on cherche à faire que les gens qu'on aime passent des moments agréables ensemble. Salutaire. C'est bon pour votre santé mentale et c'est bon pour la famille. ça aide à ce que les discussions prennent un ton plus personnel, ce qui permettra en fin de compte à votre famille curieuse de se faire une idée assez précise de ce que c'est que d'être africain immigré dans votre pays.