20 juillet 2005
les bébés afro-européens
Je suis enceinte de six mois et je me porte bien. Je vous livre ici quelques remarques et observations pour faciliter la communication entre votre partenaire et vous dans cette période si particulière. (NB : ces remarques ne concernent pas tous les couples mixtes, cf. but du blog.).
Une affaire de femmes ?
Les 3 premiers mois de la
grossesse, c'est pas toujours facile, facile. Il y a une sorte
d'orage hormonal qui crée bien des désagréments,
le plus connu étant la nausée. Psychologiquement, c'est
aussi une période où il se passe des choses, comme
notamment un changement dans sa relation à sa propre mère,
des questions qu'on se pose sur quelle genre de mère on sera,
etc. Chacune le vit à sa manière. Personnellement, je
m'attendais à ce que mon mari soit mon soutien numéro
un. Lui n'était pas au courant que je pensais avoir besoin de
son soutien, ni qu'il était en mesure d'en apporter un.
Pour
lui, la grossesse était une affaire de femmes, gérée
par les femmes qui se soutiennent entre elles. C'est le modèle
qu'il a connu en Afrique. Les gens de sa génération
viennent encore de familles très nombreuses, où la
polygamie est 10 X plus fréquente que maintenant. Résultat
: il est rare qu'une femme ne puisse pas compter sur une armada de
femmes ayant déjà été enceintes
(cousines, soeurs, belles-soeurs) et à même de la
conseiller et elles ont aussi souvent le souvenir de certaines des
grossesses de leur mère ou d'une autre femme de leur père.
Très souvent, elles ont aidé ces femmes, gardés
les frères et soeurs plus jeunes, etc. Rien à voir avec
la situation européenne. Je n'ai qu'une cousine qui ait déjà
accouché. Aucune de mes amies n'a encore eu d'enfants. Je peux
compter sur le soutien de mes parents, mais ils font attention de ne
pas trop se mêler, histoire de ne pas empiéter sur notre
vie de couple. Parce que la grossesse est considérée
par eux avant tout comme une expérience intime de la vie d'un
couple.
Au début de la grossesse donc, je me suis
retrouvée assez isolée. Une grande « discussion »
avec mon mari plus tard, il a accepté de jouer le rôle
que j'attendais de lui. Il a été très surpris de
ce que je lui ai dit. Il n'était pas de mauvaise volonté,
il ne s'attendait simplement pas du tout à avoir une place
aussi centrale pour moi.
Je pense que tout homme peut être
d'un grand soutien pendant la grossesse de sa femme. Et en
particulier les hommes africains. Comme je l'ai mentionné
ailleurs, il est rare que les immigrés n'aient pas déjà
eu des enfants, même s'ils sont jeunes. Donc les connaissances
qu'ils ont des changements induits par la grossesse sont bien souvent
importantes. Sans compter que eux aussi ont été témoins
des nombreuses grossesses de leur entourage et qu'ils se sont aussi
très souvent occupés de leurs frères et
soeurs. Ils leur ont souvent procuré de nombreux soins
(changer les couches, bercer, porter sur le dos, etc.).et ont de ce
fait des notions de puériculture beaucoup plus importantes que
l'homme européen moyen. J'ai l'impression qu'il y a aussi
moins d'inquiétude sur la crainte d'être « dépassé »
par le nouveau-né, de ne pas savoir s'en occuper. Je sens mon
mari très sûr de lui et ça se comprend : à
neuf ans, il était la personne qui s'occupait principalement
d'un de ses petits frères, qu'il trimballait sur son dos à
longueurs de journées, changeait etc. Ce qu'il a réussi
alors, pourquoi n'y parviendrait-il plus maintenant ?
Dans sa culture, l'accouchement aussi est considéré comme une affaire de femmes. Conséquence principale : les maris n'assistent pas à l'accouchement, dans leur très grande majorité. En Europe, c'est exactement l'inverse. A discuter ;-) !!! Mais peut-être pas trop. J'ai lu à différentes reprises que le fait de voir leur femme accoucher perturbait la libido de pas mal d'hommes européens, qui ont bien du mal à reprendre leur vie conjugale sur ce plan par la suite. Ça fait réfléchir, non ;-) ?
Le bébé, on en parle ?
Mon bébé est
un bébé désiré par nous 2. Quelle ne fût pas
ma surprise quand, au cours des trois premiers mois, mon mari
« refusait » d'en parler ! Il ne voulait
subitement plus entrer dans aucune discussion sur le choix du prénom,
ni sur notre future vie avec l'enfant, ni manifester trop ouvertement
sa joie. A mes parents qui se lançaient dans des discussions
enthousiastes sur l'avenir, il répondait à peine et
toujours très vaguement. Eux aussi étaient surpris et
sans doute plus que ça, même s'ils ne me l'ont pas dit.
Son attitude a changé du tout au tout une fois les trois mois
fatidiques écoulés. Dans sa culture, la femme dit être
« enceinte » à partir du 4ème
mois. Avant, elle ne parle que de « retard ».
Dans l'obstination de mon mari à ne pas parler avant, il y
avait comme une crainte - comme si en en parlant, cela pouvait nuire
à l'enfant, le faire cesser d'exister.
Dans le même ordre
d'idée, mon mari refuse absolument d'évoquer tout
événement malheureux qui pourrait survenir durant cette
grossesse. Il se fâche carrément. Impossible d'aborder
la question de l'annonce d'un handicap ou d'un accouchement très
prématuré. Même quand j'ai dit que je voulais
déjà préparer l'appartement parce que ça
arrive qu'on doive passer la fin de la grossesse couchée, il
s'est énervé à l'évocation de cette
possibilité. Une fois que je lui ai dit que cette éventualité
était assez fréquente ici et ne portait pas à
conséquence, il s'est calmé. Je ne suis pas trop
étonnée par cette réaction, c'est le fameux « il
ne faut pas peindre le diable sur le mur de la maison » -
l'idée étant que parler d'un malheur a en quelque sorte
le pouvoir de faire se produire le malheur en question, une croyance
très fréquente là aussi dans sa culture. (Les
mots en eux-mêmes peuvent être porteurs d'une puissance
magique. Très courant dans toutes les cultures qui croient à
la malediction, mais aussi chez les protestants évangéliques
qui pensent que tout ce qui est dit « au nom de Jésus »
acquiert automatiquement une puissance, une capacité à
se réaliser). Comme jusqu'à présent, tout va
bien pour le foetus, ça ne me pose pas trop de problème.
Je regrette néanmoins de ne pas avoir prévu sa
réaction, parce que dans ce cas, j'aurais discuté de ça
avec lui avant d'être enceinte.
(NB : j'avais quand même
eu peu abordé la question de l'enfant handicapé avec
lui et ma belle-soeur M. J'avais alors appris que le handicap n'était
pas considéré comme un événement naturel
auquel on ne peut rien, mais comme la conséquence de trop
fréquentes disputes dans le couple parental durant la
grossesse : la dysharmonie du corps de l'enfant comme le miroir de la
dysharmonie entre les parents. A peu près la même
croyance donc, que celle qui a prévalu en jusqu'à peu
dans le monde judéo-chrétien: le handicap de l'enfant
qui « trahit » le « pêché »
d'un ou des deux parents. Mais bon, c'est pas parce qu'une croyance
est commune à deux cultures + très vieille qu'elle ne
pose pas de sérieux problèmes ! Non seulement elle est
très culpabilisante pour les parents, mais elle crée
aussi des difficultés avec la famille élargie qui
soutient sans doute moins un couple accusé d'avoir créé
son propre malheur. Cela dit, beaucoup d'Africains immigrés de
ma connaissance ont très peu été à
l'école. Ma belle-soeur, par exemple, n'avait aucune
connaissance de l'existence de maladies génétiques ni
des conséquences des accouchements qui se passent mal.
Retrospectivement, ça l'avait pas mal rassurée de
l'apprendre et d'attribuer à une cause nouvelle le handicap
d'un de ses neveux.)
Juste après la naissance
Là aussi, mieux vaut
se renseigner sur les habitudes culturelles de l'autre. Dans la
culture de mon mari par exemple, un grand amour des purges pour les
nouveaux-nés et les jeunes enfants, pratiquées au moyen
de plantes médicinales traditionnelles ! Disons que
personnellement, je ne suis pas fan ;-). Je veux par contre bien
prendre les autres aspects : manucure, épilation, coiffure,
nouvelles robes et literie pour l'accouchée ! Très peu
pour moi par contre, les pratiques pour faire « diminuer »
le ventre en frappant fort dessus avec un linge ou un balais mouillé
! 1) ça fait mal, 2) c'est pas efficace.
Une habitude méga
répandue en Afrique : une femme – le plus souvent déjà
mère elle-même - vient s'installer au domicile de la
femme qui a accouché et y reste environ un mois. Je connais
une femme européenne qui a très mal réagi à
la proposition de son mari africain de faire venir une connaissance à
lui. Comment ? Une intrue sous son toit au moment où elle
avait le plus besoin d'intimité ! et pourquoi faire, lui
piquer son mari ! A peine elle a accouché et déjà
il pense à la tromper ! En fait, ses craintes étaient
sans doute sans fondement et la proposition de son mari très
ordinaire. Alors que les femmes européennes se retrouvent très
souvent seules avec leur bébé 3 jours après
l'accouchement, la femme africaine est beaucoup plus entourée.
Le ménage ? Ce n'est pas elle qui s'en occupe mais la ou même
des fois les femmes spécialement dépêchées
pour ça. La pile de langes à laver (les couches sont
souvent bien trop chères) ? Pas elle non plus. Elle n'a qu'une
tâche : allaiter son bébé. Or une femme reposée
allaite beaucoup mieux qu'une autre (c'est très rare dans ces
conditions qu'elle n'ait pas assez de lait, etc. ). Bref, moi
j'accepterais volontiers une telle proposition. D'autant plus qu'il
est bien connu que ce n'est pas directement après
l'accouchement qu'on aura le plus envie d'intimité sexuelle
avec son mari et que si mon mari me trompe, toute femme est suspecte
(attention aux voleuses de mari o !).
De manière générale, je suis d'avis que la culture africaine en ce domaine correspond beaucoup mieux aux besoins de la femme après l'accouchement.
Quelques jours après l'accouchement, la femme connaît une chute
hormonale et se sent souvent très désemparée, exténuée et parfois
triste suite à tous ces bouleversements. Or en Europe, à ce moment là,
le mari est reparti au travail, la grand-mère aussi et la femme est
censée s'occuper seule du ménage, de la nourriture, du bébé, de
l'allaitement etc. ! Bref, toutes les conditions sont réunies pour que
le lien précoce mère-enfant se passe mal ! Heureusement, grâce au
courage des femmes, ça s'arrange le plus souvent en quelques jours ou
semaines. Mais je trouve que c'est beaucoup de souffrance pour rien de
part et d'autre.
Circoncision/excision
cf. post de juillet 2004. Excision : strictement
interdite
et attention aux voyages dans la famille – l'excision
peut se pratiquer à tout âge et c'est donc à tout
âge que les filles et les adolescentes non excisées sont
menacées de l'être ! Se rappeler que les femmes ne sont
pas les moins âpres à défendre cette pratique
mutilante et que les excisions sont le plus souvent pratiquées
par des femmes. A ma connaissance, aucune population de religion
chrétienne ne pratique actuellement l'excision (ça s'est fait aux USA
au 19ème siècle...). Pour savoir quels sont les pays les plus concernés par la pratique de l'excision, cf. ici (2ème partie du post + surtout les commentaires).
Circoncision : elle aussi
peut se pratiquer à tout âge. Très répandue
y compris dans les populations chrétiennes. La circoncision
doit obligatoirement se pratiquer à l'hôpital. Si vous
ne faites par circoncire votre fils, faites attention à la
propreté de son prépuce (à laver à chaque
bain du bébé). Il n'y a pas plus de problèmes
urinaires chez les garçons non circoncis pour autant que
ceux-ci aient une bonne hygiène intime.