29 décembre 2004
Mali
France Culture va consacrer des émissions sur le Mali :
samedi 1er janvier 2005 15-17h : Mali, une démocration en consolidation
03 Janvier 2005 , de 10h à 11 h : grand entretien avec Adam Bâ Konaré, historienneLe Mali : Grand entretien avec Adam Bâ Konaré, historienne
4 janvier 2005, de 10h à 11h : Bamako
5 janvier 2005, de 10h à 11h : Mali : histoire écrite / histoire orale
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04 Janvier 2005 Le Mali : documentaire Bamako |
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05 Janvier 2005 Le Mali : histoire orale / histoire écrite |
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06 Janvier 2005 Mali : Documentaire Sikasso |
27 décembre 2004
Le problème avec ton mari
Ça t'étonne, ma mère ? Tu sais pas que les illettrés et les analphabètes cachent leur ignorance ? Il la cache plutôt bien d'ailleurs. Qui a dit qu'il fallait maîtriser l'orthographe avant de s'intéresser à la philosophie ? Il n'est plus illettré, d'ailleurs. Depuis qu'il a pris des notes en écoutant de la philo, qu'il a pris confiance en lui, il fait toujours plein de fautes, mais la construction des phrases est parfaitement correcte. Supérieure en fait à celles de beaucoup d'indigènes suisses. Alors ? Où il est le problème ? L'alphabétisation, il ne veut plus en entendre parler. Ça ne le valorisait absolument pas. Il avait trop honte. Peut-être qu'il connaîtrait une règle ou deux d'orthographe de plus, mais à quel prix, ma mère ? Est-ce que tu sais quelle douleur c'est pour lui, les livres ? Les livres que jamais il ne pouvait se payer pour suivre les cours à l'école ?
C'est un cascadeur mon mari, tu ne le sais pas encore ? Un cascadeur, ça prend des risques. Si ça lui plaît à lui, d'écouter des CD auxquels il ne comprend pas plus de 10 % si ces 10 % font avancer sa réflexion et que ça l'intéresse ? Qui a dit qu'il valait mieux lire que d'écouter ? Qu'un livre, c'est un moyen d'apprentissage plus sérieux qu'un CD-Rom, un CD audio ou un logiciel correcteur d'orthographe ? Tu connais beaucoup d'illetrés qui cessent de l'être à l'approche de la quarantaine en prenant des notes sur des cours de philo ? Oui, ce serait chouette qu'il ait un diplôme professionnel un jour et probablement que là, il ne coupera pas au bon vieux manuel. Mais tu me fais mal, ma mère, à ne pas voir comment l'exercice de sa liberté lui permet d'affronter son passé, de gagner son propre accès au savoir. Je le savais intellectuellement curieux, toujours prêt à apprendre, à s'informer des choses du monde, de tous les pays, de toutes les cultures, mais là ce cheminement récent m'épate tellement. Toi ma mère, si tu l'avais fait, peut-être serais-tu plus heureuse ? Que tu aurais cessé depuis longtemps d'admirer tes chefs qui resassent les mêmes théories depuis 30 ans et qui n'ont jamais fait le moindre effort d'intégrer l'ensemble des savoirs que toi, tu possèdes de part ton expérience professionnelle ?
Tu ris quand il dit « je ne me suis pas penché sur la question », mais lui, il comprend pas, il a pas de repères. C'est comme ça qu'ils parlent, les intellos sur France Culture, et c'est ça qu'on écoute, France Culture. Le français africain n'est pas le français suisse. On dit : le Tchad fût longtemps en guerre, je ne sais même pas si elle est finie. Le passé simple dans la langue courante, mais seulement à la troisième personne. Et « je vais chercher ma route », ben c'est qu'on rentre à la maison et donc qu'on va rien chercher du tout si ce n'est la route, en terre ou en béton, peut-être trace dans la langue du manque d'éclairage public ( les fameux "délestages") et les chemins sinueux entre les maisons, routes défoncées, chemins de terre et de planches glissantes.
20 décembre 2004
Santé des Africains
En bientôt 4 ans de mariage, je suis impressionnée par le nombre de deuils auxquels je suis allée qui concernaient des personnes adultes de moins de 50 ans mortes au pays. La demande la plus fréquente venant d'Afrique, c'est des médicaments contre des diarrhées, des vers, etc. Les enfants sont quasiment perpétuellement malades. Pas mortellement atteints, mais "patraques" comme on dit en Suisse, pas en très bonne forme, souffrants. Les gens sont en mauvaise santé, souvent, mais souvent aussi, ils n'en parlent absolument pas. Il y a quelques mois, une femme africaine en situation illégale était en visite chez moi. Elle était pliée en deux par la douleur mais ne se laissait pas convaincre d'aller à l'hôpital. Je ne me suis pas assez méfiée. Le matin, elle est partie très tôt alors que je dormais. Deux jours plus tard, n'y tenant plus, elle s'est présentée à un hôpital : elle a été opérée dans l'heure : elle avait un problème gynécologique qui menaçait de la tuer si elle ne subissait pas immédiatement une opération. Les exemples de ce type abondent, où des Africains émigrés en Europe découvrent pas hasard qu'ils ont en fait une maladie potentiellement mortelle s'ils ne la soignent pas dans les plus brefs délais. Comme par exemple des polypes dans le nez qui menaçent d'infecter le cerveau. Il y a énormément de maladies virales en Afrique et le fait que beaucoup de gens sont malnutris les rend beaucoup plus sensibles aux maladies. A Yaoundé, il y a des lépreux. Or il est quasiment impossible de contracter la lèpre si on dispose d'une alimentation en qualité et en quantité suiffisante. Sans parler du SIDA, qui est un problème majeur dont j'ai déjà parlé.
En résumé, je conseille à toute personne en relation avec une personne qui a séjourné récemment en Afrique - un récemment très extensif, des sales bestioles comme des amibes peuvent survivre deux ans dans l'estomac de quelqu'un - d'aborder rapidement le problème de la santé, en faisant bien sûr attention aux susceptibilités. Le port du préservatif est une question de survie vu la prévalence du Sida, une marque de respect aussi. (NB : les femmes africaines n'osent souvent pas proposer d'elle-même le port du préservatif, mais ça ne veut pas dire qu'elles ne connaissent pas ou ne seront pas rassurée. Source : dernier rapport Onusida 2004). Sans compter qu'à côté du Sida, il y a aussi plein de MST qui traînent, comme la blénnorahie et la syphilis.
Par ailleurs, en médecine tropicale, UNE FIEVRE N'EST JAMAIS ANODINE. Donc direction le médecin dans tous les cas : ça peut être un accès de malaria même plusieurs semaines après l'arrivée en Europe, ça peut être des amibles, ça peut être toutes sortes de maladies tropicales très dangereuses et qui peuvent évoluer très rapidement. Dans les pays tropicaux, les gens ont l'habitude de souffrir d'accès de malaria et ils n'en font pas grand cas, mais il y a plusieurs types de malaria et seul un examen médical peut déterminer s'il s'agit d'un cas grave ou non de malaria (il y a des malarias qui "montent au cerveau" et peuvent être soignées mais exigent d'être hospitalisé immédiatement dans une chambre pour les personnes sans défense immunitaire; certains accès de malaria peuvent emporter quelqu'un en quelques heures en l'absence de traitement). Donc si votre partenaire a immigré récemment, si vous êtes allés en vacances en Afrique, faites attention à tout début de fièvre et suivez précisément toutes les indications de la médecine du voyage. A part l'hépatite A, la personne émigrée n'est PAS IMMUNISEE contre la plupart des maladies virales qui pullulent en Afrique.
Les maladies gynécologiques sont aussi très fréquentes à cause des conditions de vie. Pour la plupart des femmes africaines, le fait d'être mère est le passage obligatoire pour se sentir adulte et avoir un rôle dans la société. Dès lors il est peut-être plus aisé de parler de contrôle gynécologique en parlant de préserver la fertilité et de faire "un bon petit nid" pour le bébé. Insister sur le fait qu'on peut très bien avoir une infection gynécologique en était 100 % fidèle (en gardant sur soi un vêtement mouillé, par exemple).
Beaucoup d'Africaines croient au mauvais esprits, aux sorts, aux malédictions. Rappelez-vous cependant que l'immense majorité d'entre eux vont d'abord voir un médecin formé à la médecine occidentale et ne vont chez les tradipraticiens ou les pasteurs qu'après avoir constaté que le traitement proposé dépasse leurs moyens.
Une remarque : j'ai parlé ici de l'Afrique centrale. La situation est toute à fait différente au Maghreb ou en Afrique du Sud (sauf pour le Sida où 25 % de la population est contaminée).
Sur des oeufs marcher
Il y a sans doute des différences entre les pays africains, mais j'ai entendu beaucoup d'histoires d'adultes de la trentaine qui racontent comment on leur apprenait les fleuves et les capitales européennes à coup de bâton, comment c'était un calvaire que de devoir demander aux parents d'acheter les livres qu'ils n'avaient pas les moyens d'acheter. Lorsqu'ils réalisent que nous sommes incapables de nommer le moindre fleuve africain, que nous sommes incapables de placer leur psys sur une carte, encore moins de citer toutes les capitales, bref, que notre ignorance est absolument abyssale en la matière, ça les blesse, je crois. Au moins autant que ceux qui parlent de l'Afrique en termes "ethnologiques", qui imaginent que les immigrés ont vécu dans la brousse alors que l'immense majorité vient de très larges villes.
"Combler" la différence de niveau d'éducation n'est à mon sens un projet possible que si chacun accepte d'apprendre. Un projet qui ne peut pas se mettre en oeuvre avant plusieurs années de vie commune. Ou chacun apprend de la culture de l'autre, de conversations. Ne pas se braquer sur des "fautes" d'expressions, accepter que le français d'ici n'est pas le français de là-bas. "Je vais chez le boutiquier" (à la superette, à la boutique)"Vas-te mirer, tu as une tache de sauce tomate (vas-te regarder dans le miroir" "Je ne refuse pas, mais..(je ne dis pas que tu as tort, mais mon avis c'est)""Il fût son ami" (passé simple utilisé dans la conversation courante, sans aucune volonté de prétention). Après, quand chacun est rassuré, alors le projet d'acquérir une formation dans la société d'acceuil devient possible, comme devient possible l'envie de pouvoir lire plus vite, d'écrire soi-même ses lettres, d'apprendre des choses sur l'histoire, la politique etc. du pays d'acceuil. Possible de communiquer à l'autre la nostalgie des contes des grands-parents, des chasses de rats et d'oiseaux, des rites animistes. Avec le temps. Et la distance. Et...........................la modernité : quand le livre reste un obstacle, internet ou un CD-Rom ou un CD audio peuvent être un moyen de s'informer, d'accéder au savoir sans avoir à se coltiner les souvenirs humiliants de l'enfance. Et si la personne illettrée pose une question sur la grammaire ou l'orthographe, vous vous rendrez compte à quel point ces savoirs sont difficiles à acquérir à partir de rien et vous admirerez les profs. Ce que la recherche pédagogique montre, c'est que demander à la personne qu'elle est sa théorie derrière la question, comment elle s'imagine que se conjuge telle ou telle chose, c'est ce qu'il y a de plus efficace et de plus valorisant pour la personne. Sur des oeufs, marcher, en filigrane.
05 décembre 2004
Village planétaire : où ça ?
Dans les grandes villes africaines, on trouve des web cafés. Le prix de l'heure de surf est dérisoire mais c'est en fait très élevé par rapport aux salaires des gens. Résultat : la plupart des gens utilisent intenet uniquement pour envoyer des emails à l'étranger et éviter d'attendre les 3 semaines que durent la transmission du courrier par poste, sans compter que peu de gens ont une adresse et une boîte au lettre parce qu'il faut payer pour en avoir une. Donc même des gens qui habitent dans un bidonville peuvent avoir une adresse email si ils ont de la famille à l'étranger ou dans des villes éloignées. Pour autant, ils n'ont absolument pas les moyens de surfer pour les loisirs ou pour s'informer. Sans compter que la plupart des gens sont illettrés à un degré ou à un autre : ils mettent beaucoup de temps à écrire et beaucoup de temps à lire et dans pas mal de webs cafés, il n'y a pas d'imprimante...La disponibilité de l'information reste donc très virtuelle pour une immense majorité d'Africains.
1994 : Rwanda, année du génocide
La plaie est encore béante. Une journaliste de guerre disait dans Brigitte : "le temps des victimes est statique, il s'écoule très lentement. Les actions, les attaques, les bombardements, tout se passe très vite. Comme reporter de guerre, on filme les événements. Si je vais dans un hôpital, filmer un blessé et que je reviens 3 mois plus tard, rien ou presque n'aura bougé et je n'aurai aucune "nouvelle" à rapporter, c'est là toute la difficulté à rendre compte du vécu des victimes, mais aussi de la réalité de la guerre. La guerre, c'est essentiellement de l'attente, un temps suspendu. On attend au check point, on attend de pouvoir sortir de sa cachette, on attend de se remettre de ses plaies. Une longue, une interminable attente, qu'il est presque impossible de faire passer dans les médias actuels où c'est l'action, la rapidité de la transmission de l'information qui est mise en avant." Le Rwanda, c'était il y a 10 ans : c'était hier, c'est aujourd'hui encore. Dans la mémoire mais aussi dans les faits : à la frontière de la République du Congo, c'est toujours l'état de guerre.